Bilan

La Bâtie de toutes les communions

Pour sa première à la tête du grand festival genevois, Claude Ratzé a tenu sa promesse d’un rendez-vous souvent euphorisant, même si le Club n’a pas trouvé son public

Le bal des débutants pour Claude Ratzé. Sacré trac, va. L’ancien directeur de l’Association pour la danse contemporaine signait sa première édition à la tête du festival de La Bâtie – qui s’est achevé dimanche à Genève, après dix-sept nuits de tournis. Il avait misé sur des hits fédérateurs, ainsi que sur des perles faites pour la contrebande. Sans être révolutionnaire, la formule s’est avérée heureuse.

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Dans nos mémoires, le Grand Finale du chorégraphe Hofesh Shechter continue de brûler avec ses valses déchirantes et ses bacchanales punk. Aux antipodes, on n’oubliera pas ces chevaliers du ciel en tenue de soirée, sentinelles énigmatiques plantées sur le toit d’un immeuble, à la tombée du jour – une proposition de la plasticienne Carmen Perrin et de la danseuse Tamara Bacci.

Pièce sur un building

Que faut-il pour qu’une édition mousse? Un spectacle qui se transforme en communion, ce qui fut le cas de Grand Finale, ovationné debout par près de 1000 spectateurs deux soirs de suite. Mais aussi des formes qui dépaysent le spectateur, élargissent le territoire de ses rêveries. C’est ce qu’ont su proposer Tamara Bacci, Carmen Perrin et leurs guetteurs adressant aux nuées des signes cabalistiques, alphabet du crépuscule, avant de plonger dans le vide. Sur cette tribu prise de vertige, un aigle et un faucon veillaient, tout comme le public, placé de l’autre côté de la rue, sur la terrasse du Théâtre Saint-Gervais.

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Susciter des résonances inattendues. Tel était l’enjeu des pièces commandées par La Bâtie à des duos ou des trios de créateurs issus de disciplines diverses. Dans ce chapelet inégal par nature, il faut citer le très beau (elle s’assit.), variations aimantées autour de la passion de Phèdre, portées par la comédienne Julie Cloux, la jeune musicienne Alexandra Bellon et la metteuse en scène Michèle Pralong.

Le porno-poétique ne paie pas

D’une manière générale, cette 42e édition fut hantée par l’altérité. La comédienne Laetitia Dosch a flirté avec un hongre (son Hate n’a pas convaincu tout le monde); la chorégraphe La Ribot a composé avec des danseurs handicapés un paradis hédoniste; le cinéaste Christophe Honoré a salué, dans un spectacle dandy et émouvant, ses grands frères, Jacques Demy & cie – Les Idoles à Vidy. La jeune poétesse saoudienne Hissa Hilal a marqué les esprits aussi à l’Alhambra.

A l’heure du digestif, on déplorera certes la faiblesse de certaines soirées, le 21 Pornographies, par exemple, de la danseuse danoise Mette Ingvartsen – une anatomie solaire, un propos indigent. On regrettera la fréquentation décevante du Club et de ses soirées musicales à thème. On ruminera la pauvreté des discours inauguraux, poncifs en chaîne qu’on n’imaginait plus.

Mais cette chevauchée d’été a tenu sa promesse: elle a suscité ces moments de ferveur sans lesquels il n’y a pas d’esprit de festival. Dimanche, par exemple, une salle subjuguée a salué debout l’acteur Pierre Mifsud et sa Conférence de choses à tiroirs, huit heures de tête-à-queue encyclopédique. Une communion sur la crête du rire.

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