De Leon Battista Alberti (1404-1472), on connaît surtout la casquette d’architecte: auteur de «De Re Aedificatoria», il a conçu le palais Rucellai à Florence et la basilique Saint-André de Mantoue. Mais comme tout humaniste qui se respecte, Alberti fut également doué pour les mathématiques, la physique, la linguistique, la philosophie, mais aussi la course, l’équitation… Il savait même, dit-on, sauter à pieds joints par dessus les épaules des gens.

Ce champion de la Renaissance a pourtant passé sa vie à affronter les vents contraires. Né à Gênes d’un patricien florentin en exil et d’une mère inconnue, Alberti fait ses études de droit dans le dénuement complet. Devenu secrétaire papal à Florence, il est témoin de la domination croissante des Médicis. Critiquant les nouveaux maîtres de Florence ainsi que les humanistes qui leur sont inféodés, il s’aliène toute la classe intellectuelle de son temps.

Pour parer les coups et surmonter son fort besoin de reconnaissance, Alberti écrit Entretiens sur la tranquillité de l’âme vers 1443. Avec ce petit ouvrage inédit en français jusqu’à aujourd’hui, le genre «développement personnel» a trouvé son plus noble précurseur. Il propose en effet une thérapie de l’esprit pour se libérer de tous les tourments. Les références au christianisme sont rares dans ce traité sous forme de dialogue entre trois amis qui se retrouvent au temple majeur – entendez la cathédrale de Florence – avant de s’en éloigner pour une pérégrination philosophique à la lumière des philosophes de l’Antiquité.

Selon Agnolo Pandolfini, le sage qui instruit Alberti et son ami, la connaissance et la maîtrise de soi sont des valeurs cardinales. Retenir sa fureur, voilà déjà un premier pas vers l’apaisement et l’oubli. Il est aussi recommandé de ne pas travailler trop. Et pour chasser la mélancolie, on n’hésitera pas à se consoler par le vin, la musique et la bonne chère, ou alors, si l’on préfère, à se lancer dans «la construction de quelque machine inouïe» jusqu’à tomber de sommeil.

 

Leon Battista Alberti, Entretiens sur la tranquillité de l’âme, traduit de l’italien par Pierre Jodogne, Seuil, coll. Sources du savoir, 184 p.

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