INSTITUTION

Le Bauhaus, Gloire de Weimar

Ecole effervescente, le Bauhaus voulait réconcilier les beaux-arts et les arts appliqués. Il n'y est pas forcément parvenu, mais son influence se fait encore sentir. Et son existence a collé avec l'espoir démocratique (1919-1933) de la République de Weimar.

Presque tout au fond du cimetière de Weimar, passé un petit pont en pierre, repose un étrange monument en béton. Réalisation de l'architecte Walter Gropius (1883-1969), fondateur du Bauhaus, il rappelle la mémoire des victimes des répressions de mars 1920. Pourtant l'époque est à l'espoir, après la défaite et l'abdication du Kaiser. Weimar est, depuis 1919, la capitale d'un Etat fédéral en train de naître (lire ci-dessous). Et même si le chaos domine, si la situation économique est désastreuse, des perspectives s'ouvrent.

Le 11 avril 1919, Gropius arrive à Weimar pour mettre sur pied une réforme de l'enseignement de l'art. Son projet vise à abolir les différences entre arts appliqués et beaux-arts. Il a l'autorisation de fusionner l'Ecole supérieure d'art et l'Ecole des arts et métiers. Par chance, elles se font face (Geschwister-Scholl-Strasse), juste séparées par un square tranquille où trône une statue qui en verra de toutes les couleurs; les habitants n'ayant de cesse de sommer les élèves de la repeindre en blanc.

Par chance, encore, les deux bâtiments ont été construits par Henry Van de Velde entre 1904 et 1911. Véritable précurseur, l'architecte belge prône la collaboration de l'artiste, de l'artisan et de l'industriel, et lui-même pousse le détail jusqu'à concevoir le mobilier, le moindre bouton de porte et même la vaisselle. Ses deux écoles ne pouvaient abriter meilleure descendance.

Le bâtiment principal n'a quasiment pas bougé, toujours éclairé par ses immenses verrières. Il est en pleine rénovation et réhabilitation. En face, poussée la porte grise du bâtiment des ateliers, le temps semble s'être figé, même si les deux reliefs d'Oskar Schlemmer dans le hall d'entrée et sa fresque dans l'escalier on été refaits en 1979. Les lieux sont occupés par la Bauhaus-Universität Weimar. Mais il ne reste finalement pas tant de traces du Bauhaus à Weimar.

Hormis le Museum-Bauhaus, au centre-ville (Theaterplatz), qui réunit un grand nombre d'objets et d'exercices d'élèves et de leurs maîtres, entre 1919 et 1925. Dans une première salle, le musée présente également les travaux de l'Ecole des arts appliqués, dirigée par Henry Van de Velde, qui a précédé le Bauhaus; et dans une troisième salle, ceux de l'Ecole supérieure de construction, qui prit le relais après le transfert du Bauhaus à Dessau en 1925.

Reste aussi la réalisation la plus significative que l'école pouvait produire: la petite maison Am Horn (1923), tout au bout de la rue du même nom, et qui est en train d'être assainie sous l'égide de l'Unesco. Sur une idée de Georg Muche et les plans d'Adolf Meyer, l'école l'avait proposée à la municipalité comme le prototype d'un pavillon pour cité-jardin simple et bon marché, construit avec des matériaux nouveaux (charpente d'acier et murs en béton). La paroi de la chambre des enfants servait de tableau noir. L'aménagement de la cuisine comprend des armoires suspendues, un plan de travail contre le mur. Autant de détails qui font que le Bauhaus a changé notre vie, innovant avec les constructions en préfabriqué, se préoccupant du design des ustensiles de la vie courante.

L'idée prévaut que les élèves doivent être polyvalents et aptes à créer des produits commercialisables et originaux. Cela suppose des fondements novateurs. Un cours préparatoire est institué, sur l'idée de Johannes Itten, l'un des premiers enseignants recrutés. Ce cours sert à tester les aptitudes, à orienter les élèves vers le bois, le métal, la poterie, la tapisserie, à éveiller et à développer des sensibilités différentes basées sur des exercices avec la couleur, les formes ou de méditation. Les filières pratiques, ensuite, sont cogérées par des maîtres de formes, essentiellement des peintres, et des maîtres d'atelier, principalement recrutés parmi les artisans de Weimar.

L'égalité entre eux est proclamée, le collectivisme souhaité, mais les maîtres de formes (Kandinsky, Lyonel Feininger, Paul Klee), par leur personnalité, gardent la main. Expressionnistes, mystiques, ils privilégient les débats, surtout par défaut de moyens concrets, jusqu'à ce que de plus rationalistes les relaient (László Moholy-Nagy, Josef Albers). L'exposition publique qui se tient au Bauhaus durant l'été 1923 est un succès. Mais les nationalistes, qui ont récupéré la majorité au parlement de Thuringe, réduisent les subventions. Un autre pan de l'aventure s'ouvre à Dessau, puis à Berlin, où la police met fin aux activités de l'école, le 11 avril 1933. Près de 1200 élèves ont été formés, conscients d'avoir bénéficié d'une expérience sans pareil.

Publicité