Culture

Les bavards barbares de Denys Arcand

Avec «Les Invasions barbares», le Québécois livre une vision pessimiste de la société américaine

Ce fut, hier matin, la projection la plus applaudie de la compétition, et cela n'a rien d'étonnant. Les Invasions barbares du Québécois Denys Arcand est le premier film de la sélection officielle à jouer la carte de l'émotion primaire: rire et pleurer. Rire quand il s'agit d'écouter les dialogues de ces quinquagénaires canadiens se souvenant de leur jeunesse, de leurs nuits voluptueuses et de leurs multiples combats politiques, influencés tour à tour par les manifestes de Godard, les livres de Sollers et les chansons de Françoise Hardy; pleurer quand vient l'heure d'accompagner l'un d'entre eux vers la mort, selon un rituel à la fois stoïcien (choisir l'arme et l'heure de sa disparition) et épicurien (convoquer femme et enfants, amis et maîtresses pour une grande fête d'adieu).

Décadence

Dix-sept ans plus tard, Denys Arcand reprend les personnages du Déclin américain et poursuit sa réflexion sur la décadence de la société nord-américaine. Il s'est choisi comme porte-parole Rémy (Rémy Girard), 53 ans, professeur d'université atteint d'une maladie incurable. «Socialiste sensuel» comme il s'autoproclame, ce pessimiste enjoué pense que la culture occidentale, celle qui est née avec Dante et Montaigne, va bientôt disparaître. Sa bibliothèque, qui est celle du Gentilhomme du XXe siècle, de Primo Levi à Cioran, est sa seule richesse, son unique legs. Dans le dossier de presse, Denys Arcand qui ne peut s'empêcher de tout expliquer, commente: «L'empire américain règne maintenant sur le monde de manière absolue. Il devra donc repousser sans arrêt les attaques des barbares qui seront constantes. Le 11 septembre 2001 a été la première de ces attaques qui a réussi à toucher le cœur de l'empire. […] Il y aura les citoyens américains et les autres. Vu de Washington, être Français, Bulgare ou Japonais, c'est la même chose, tous barbares!»

Même si Les Invasions barbares réserve quelques moments savoureux, notamment au niveau des dialogues, le film fonctionne tellement comme un métronome émotionnel qu'il finit par agacer au lieu d'émouvoir. Plus proche d'un téléfilm de prime time que des comédies intimistes de Sautet ou du délire vache des Frustrés de Brétécher, ce portrait nostalgique de la génération 68 fait penser aux médailles de vieux combattants: un peu ridicule sauf pour ceux qui en ont.

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