Le peintre Jean Bazaine est mort dimanche soir. Il avait 96 ans. On avait pu voir en 1996, au Musée d'art et d'histoire de Fribourg, ce qui aura sans doute été sa dernière grande rétrospective. Les toiles qu'il avait peintes après 80 ans, éclataient de lumière et de couleur. Bazaine était un petit bonhomme doux et calme. Et, à lui parler, à voir ses tableaux sereins, on avait peine à imaginer qu'il avait été, après 1945, au cœur d'une de ces polémiques de mauvaise foi dont le monde de l'art français a le secret.

«Abstraction lyrique»

Il faisait partie d'une génération dont l'œuvre avait pris forme au cours du conflit dernier mondial, avec des artistes comme Estève, Manessier ou Le Moal. Leur style a été qualifié d'«abstraction lyrique». Mais Bazaine s'est toujours défendu d'avoir été et d'être un peintre abstrait. Il affirmait que son art trouvait sa source dans le sentiment du monde réel. Mais qu'importe, après la guerre, c'était encore la guerre dans l'art. Et le Parti Communiste français défendait le réalisme socialiste.

A partir de la fin des années 40, Jean Bazaine a réalisé de nombreuses œuvres pour des églises. La première d'entre elles se trouve à Assy, en Haute Savoie, aux côtés des travaux de Léger, Matisse, Braque, Bonnard, Germaine Richier, Lipchitz, Lurçat et Chagall. L'artiste avec Estève, Manessier et Léger interviennent ensuite dans plusieurs églises du Jura suisse et français. Dans les années 50, l'œuvre de Bazaine a un rayonnement considérable dans toute la Suisse romande.

Au début des années 60, l'arrivée massive en Europe de l'art abstrait américain, puis du Pop Art, éclipse les artistes comme Bazaine. Mais, fidèle à lui-même, et, dès lors à l'écart des modes, il continue son œuvre exigeante. Et il réalise notamment des vitraux pour deux églises fribourgeoises, pour Notre Dame de l'Epine à Berlens (1978), et à l'abbaye cistercienne d'Hauterive (1983 et 1991).