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«Le Bazar de la charité», une série sur un drame de France

TF1 s’allie avec Netflix pour une grosse production que la RTS a dévoilée le dimanche 10 novembre, qui sera montrée en France dès le 17. Elle conte un drame parisien de 1897. Une fiction intelligente sur une France qui craque, inaugurée par un tour de force: la scène de l’incendie

Le 4 mai 1897, un incendie foudroyant se déclare au Bazar de la charité, institution courue du Tout-Paris, où l’on vend des babioles pour les bonnes causes. S’y rendent surtout les dames de la haute société, certaines en mission de représentation de leurs maris politiciens – le pays a des élections l’année suivante –, et elles sont bien sûr accompagnées par leurs servantes.

L’endroit forme une halle en dur, couverte, ayant peu d’ouverture. Le feu semble partir du cinématographe, qui constitue l’une des attractions nouvelles du bazar. Il grandit vite, et la panique devient effroyable. Les gens se bousculent vers les issues et, comme les portes principales sont tournantes, à force de pressions contraires, ils s’enferment eux-mêmes dans la poussière. Il sera dit que les hommes, en particulier, se sont comportés comme des bêtes, marchant sur les corps des femmes et les tirant par les cheveux pour les écarter du chemin. Le drame fait 120 morts, pour l’essentiel des femmes.

Un début tétanisant

Ambitieuse coproduction TF1-Netflix, Le Bazar de la charité détaille, en huit épisodes, le drame et surtout ses suites. A la vision des trois premiers chapitres, on peut être conquis par la justesse du propos. Et la mini-série commence par un morceau de bravoure: l’incendie lui-même, qui occupe une bonne moitié du premier épisode.

Habitué de TF1 (Profilage, La Mante), le réalisateur Alexandre Laurent réalise un coup de force dans la représentation des flammes galopantes et de la panique, à l’intérieur comme à l’extérieur du bazar. Le spectateur est saisi par cette longue scène et ses moments tragiques, les tentatives des uns et des autres, les chutes, les héroïsmes soudains…

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Des vies bouleversées

Ensuite viennent les conséquences, qui opèrent comme autant de facettes révélatrices de la France d’alors. Les auteures Catherine Ramberg (créatrice) et Karine Spreuzkouski façonnent, sur la base de faits réels, des destins bousculés par le drame. Toujours somptueuse, Audrey Fleurot (Engrenages) incarne Adrienne, justement l’une de ces femmes de politiciens qui venaient en représentation, par ailleurs battue par son odieux époux: elle profite de l’incendie pour se faire passer pour morte. Camille Lou (Les Bracelets rouges) est Alice, fille d’une famille bonne mais ruinée, sauvée par un anarchiste, horrifiée par l’attitude de son prétendant pendant les minutes de terreur. Julie de Bona (Le Tueur du lac) incarne Rose, domestique prise sciemment par Mme Huchon (Josiane Balasko, parfaite) pour sa fille, avec une idée précise derrière la tête… La distribution est enrichie par Antoine Duléry, Gilbert Melki, Florence Pernel et Stéphane Guillon.

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Pendant ce temps, l’enquête avance. On est au temps des anarchistes et des bombes, trois ans après l’assassinat du président Sadi Carnot par un agitateur italien. La police se convainc de l’existence d’une bombe. La traque commence. C’est aussi l’époque d’une presse de masse en essor, qui a ses exigences.

Des masques qui fondent

Le Bazar de la charité oscille entre ces émotions personnelles, ces destinées bouleversées, ainsi que l’arrière-plan historique et social. Le grand incendie a aussi fait fondre les masques d’une société cimentée, mais qui craque. L’attitude des hommes riches, le mépris général envers les victimes pauvres, surtout des domestiques, montre les béances sociales de la IIIe République. Nul doute que certains spectateurs actuels, de France et d’ailleurs, y liront quelque évocation d’une dureté des rapports sociaux à l’heure des «gilets jaunes» et autres mécontentements de masse.

Les auteures empoignent l’événement et ses suites avec intelligence, illustrant les failles du pays. A ce titre, un lien avec Downton Abbey paraît pertinent: de la même façon que la saga britannique de Sir Julian Fellowes explorait, à la verticale, les intrigues et les rapports des puissants et de leurs inféodés, Le Bazar de la charité pose, à l’horizontale, une ville de Paris qui s’agite et se divise. En somme, qui évolue vers une certaine modernité. C’est ce mouvement qui peut servir d’hommage aux victimes de l’incendie du 4 mai 1897.

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Le Bazar de la charité. Série en huit épisodes. Dès le dimanche 10 novembre sur RTS 1, le 17 novembre sur TF1.

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