Le Baz’Art, c’est cette échancrure qui, depuis 2010, saisit, chaque mois de juin pour deux jours, Genève quasiment en son centre. Cela se passe rue Lissignol, îlot piétonnisé rive gauche, venelle à angle droit qui mute alors en chemin festivalier pluridisciplinaire (musique, perfos, expos et tout ce qu’il peut y avoir comme passe-barrières entre les pôles culturels). Un événement chaleureusement accessible, et marqué à parts égales de dinguerie et d’intelligence.

Quid de 2020? Pas de surprise, le Baz’Art, comme tant d’autres, a été covidé. Que faire alors? Semblant de rien? Le poing dans la poche? La gueule? Ce n’est pas vraiment le genre de Simone Aubert et Claire Mayet, les deux têtes pensantes du festival: le Baz’Art 2020, 11e édition, aura lieu; il faudra simplement lui trouver une nouvelle forme.

Dessins, photos, collages

Cette nouvelle forme existe désormais, et elle tient dans la main. C’est un livre, à la solide couverture cartonnée (prix libre, disponible dans tous les endroits chouettes de Genève). A l’intérieur, on trouve les traces des artistes qui n’ont pas pu être là – des dessins, des schémas, des photos, des collages signés Joke Lanz, Hadrien Dussoix, Beth Dillon, Selva Nuda, Claude Wave, etc. On y croise les portraits des gens qui ont fait et qui font Baz’Art, la liste des 419 artistes ou entités qui s’y sont produits, un QR code qui renvoie vers la page Bandcamp de Baz’Art, laquelle héberge une compilation (à prix libre aussi) de 25 musiciens proches (Tout Bleu, Agathe Max, Elvis Aloys, Sonia P, November, Hyperculte…). On y trouve enfin des textes qui font le bilan de ces années et regardent loin devant.

C’est peut-être dans cette dimension réflexive que se situe la part la plus fertile de ce Baz’Art pas comme les autres. On ne fera bien entendu pas croire que la pandémie a été accueillie par des cris de joie au sein de l’équipe du festival. Mais de l’aveu même de Claire Mayet et Simone Aubert, attrapées un matin sur une terrasse non loin du quartier des Grottes, cette pause forcée a aussi été l’occasion de «prendre le temps de réfléchir» au travail effectué et aux évolutions à venir. Ce livre en offre quelques graines.