Voilà un nom de scène plutôt original, une insulte même, celle que lui avait lancée une rivale alors qu’elles convoitaient le même homme. BbyMutha pour baby mother, puisque la toute jeune Brittnee Moore était alors déjà maman de deux paires de jumeaux. Un clin d’œil léger à une première vie pourtant bien tourmentée, en plein dans le cliché de la mère célibataire noire perdue dans le sud des Etats-Unis. BbyMutha a grandi à Chattanooga, grande ville sans âme perdue entre Nashville et Atlanta. Avec des parents encore lycéens au moment de sa conception, vite séparés, pour une bonne piqûre de misère humaine: un père violent et infréquentable, une mère très (trop) pieuse sous la coupe des télévangélistes.

«La vie ça craint, mais il faut bien faire avec.»

La suite fut hélas trop prévisible: agression contre une professeur – elle a su éviter la prison en se faisant passer pour dépressive –, un retour chez son père malgré ses antécédents («C’est juste qu’il ne pense pas que ce soit mal de frapper une femme», a-t-elle confié au site Thefader.com) pour une jeunesse dissolue: deal, sexe, et une première grossesse à 16 ans avec un homme qu’elle qualifiera de pédophile. Une histoire dure, de quoi noircir des tonnes de chapitres. Le dernier: elle a quitté Nashville après que son petit ami l’a frappée quasiment à mort, avant de le revoir pour une rencontre furtive qui donnera une autre paire de jumeaux neuf mois plus tard. Elle n’aime pas les interviews, ses réponses sont du genre très courtes. Alors quand on lui demande comment elle a traversé ça, elle répond simplement: «La vie ça craint, mais il faut bien faire avec.»

Voilà pour le parcours de vie de la rappeuse de 28 ans. Une violence qui ne se retrouve pas dans sa musique à la toute première oreille. Le flow est lent, le son assez dépouillé, clair et doux mais avec le petit côté «crade» qui lui donne des airs de dirty south. En revanche, ça devient une autre affaire quand on se penche sur ses paroles. BbyMutha n’a pas envie de parler couches-culottes ni d’être cataloguée porte-parole, alors elle plonge à pleins versets dans un vocabulaire hardcore absolument impubliable ici, et n’hésite pas à s’affirmer femme avant d’être mère avec des tenues de scène suggestives et des clips très ghetto du sud. C’est terriblement efficace, pour l’auditeur, mais surtout pour elle: «Mère célibataire noire dans le sud de mon pays, c’est dur, et c’est devoir faire face à des choses absolument ridicules si on part du principe qu’on est tous des êtres humains. Alors mon rap est comme une thérapie. Tant mieux si ça peut aider des gens, mais je fais de la musique avant tout pour moi.»


En concert à Lausanne, Le Romandie, mercredi 6 novembre à 20h30.