L’an dernier, le Festival de bande dessinée Lausanne avait dû s’effacer pour des raisons indépendantes de sa volonté. Nikita Mandryka lui avait toutefois dessiné une affiche couleur d’espoir: le Concombre masqué fondait du haut des cieux sur la capitale vaudoise en clamant «Déconfinature!» Hélas, Mandryka vient de nous quitter… Un autre géant lui succède, et l’affiche 2021 déborde elle aussi de verdure.

L’artiste a planté son chevalet au bord d’une pièce d’eau. L’étang de Rambouillet? Le lac de Sauvabelin? Non: le bleu Léman! Reconnaissable au plésiosaure qui y barbote et à Lausanne qui grimpe jusqu’à la cathédrale. Le petit peintre d’obédience «pleinairiste» porte le béret de la tradition mais des Converse de tagueur. Sous l’œil de trois canards (Fifi, Riri et Loulou, de Pully), jouant entre le paysage géographique et le paysage mental, il trace sur la toile les cases d’une bande dessinée qui fait «boum» et «houba».

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Maître du noir et blanc, tendance série noire, doublé d’un aquarelliste bucolique, «monstre sacré du 9e art» selon Dominique Radrizzani, directeur de BDFIL, Jacques Tardi a participé à l’invention du roman graphique avec Ici même, réinventé le feuilleton populaire avec Adèle Blanc-Sec ou Nestor Burma, dénoncé sans relâche les horreurs de la guerre et du capitalisme, mis en images Manchette, Céline et Pennac… Il travaille actuellement sur Elise et les nouveaux partisans, qui retrace le parcours militant de sa compagne Dominique Grange, chanteuse engagée. Placée sous le haut patronage de l’ambassade de France, la rétrospective Tardi ne sera pas confinée dans les miasmes du Romandie, un espace désormais «plus dangereux qu’un pangolin», Radrizzani dixit, mais au Mudac.

Cimmérien musclé

L’habituel projet de commande est consacré à la Joconde. D’Albertine à Winshlusss, en passant par Baladi, Blutch, Herr Seele, Isabelle Pralong ou Lewis Trondheim, une trentaine d’artistes ont réinventé Mona Lisa en Mona Lôzane. Anouk Ricard signe l’affiche, pleine de tendresse et merveilleusement débile. Ces hommages décalés à Léonard de Vinci flotteront sur des gonfalons à la rue de Bourg; les originaux seront exposés dans une arcade de Plateforme 10, le nouveau pôle muséal.

Nelson, le diablotin orange de Bertschy, souffle ses 20 bougies sous les voûtes de la cathédrale et Conan le barbare investit la salle du Sénat du Palais de Rumine. Le Cimmérien musclé est aussi au centre d’un jeu de rôle mené par deux scénaristes et un dessinateur de la série que les Editions Glénat lui consacrent.

Une flopée d’autres expositions, animations, rencontres, spectacles et carrousels à Mickeys complètent la manifestation. Sans oublier la fameuse revue Bédéphile, avec Tardi qui fait de la bouée en couverture, dont on dit que cette sixième édition serait plus belle encore que celles des années précédentes.


BDFIL-Festival de bande dessinée Lausanne 16e édition. Du 16 au 20 septembre.