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Beat Sterchi, un amour vache

Fils d’un maître boucher, l’écrivain bernois a fui un destin tout tracé. A l’occasion de la réédition de «La Vache», son œuvre phare, il évoque son parcours atypique et son attachement aux langues

Sur la route qui va de Berne à son village en Espagne, Beat Sterchi fait une halte sur les hauts de Lausanne. La deuxième vie de La Vache, son grand roman réédité par les Editions Zoé, lui vaut une attention médiatique internationale qui l’étonne, le touche et l’embarrasse. Moins cependant que la première fois, en 1983, quand le succès de Blösch l’a submergé au point de le faire fuir vers le sud, vers ce village catalan où il passe encore une grande partie de son temps. En 1987 paraissait la belle traduction de Gilbert Musy. Plus de trente années ont passé. Les questions relatives aux étrangers, à l’écologie, au sort des animaux ont redonné une actualité à cette épopée d’un ouvrier agricole espagnol transplanté en Emmental, entre étable et abattoir, au tournant de l’industrialisation de la production de viande.

Bientôt septuagénaire, Beat Sterchi a atteint une certaine sérénité face au succès qui l’avait débordé à l’époque. Surpris qu’on s’intéresse à lui, il se prête gentiment aux questions, au sortir d’une émission de radio, assis à une terrasse bétonnée, face au métro. Il se contentera d’une eau minérale, parce que la route est encore longue jusqu’au potager espagnol dont il va s’occuper jusqu’en septembre, laissant à Berne une compagne et deux filles déjà adultes.