Le 8 décembre prochain, cela fera 40 ans que John Lennon, le fondateur des Beatles, est mort assassiné à New York, à l'âge de... 40 ans. Retour, toute cette semaine dans «Le Temps», sur le parcours d'un des artistes les plus populaires du XXe siècle.

Premier épisode:

Parfois, l’histoire accélère. Le 5 octobre 1962 surviennent à Londres deux événements culturels destinés à changer le monde: la sortie de James Bond contre Dr. No, le premier film consacré à l’agent 007 avec Ursula Andress dans le rôle de Vénus surgissant des flots, et Love Me Do, le premier single des Beatles: «Love, love me do You know I love you»… («Aime, aime-moi Tu sais que je t’aime»). Vrillée par l’harmonica de John Lennon, cette entraînante bluette dont l’inanité des paroles laisse songeur atteint la 17e place du hit-parade britannique. Les petits gars de Liverpool exultent et se prennent pour les rois de la terre. Ils n’ont encore rien vu.

Entassés dans une camionnette, les Beatles tournent sans répit sur les routes glacées du Royaume-Uni. Ils se produisent dans des théâtres de province sous des éclairages rudimentaires, avec des sonos minables quand Please Please Me arrive en première place des classements. C’est le début de la Beatlemania (néologisme forgé en novembre 1963). Impertinents et délurés, les Beatles font souffler un vent frais sur le vieux monde, allument un feu de joie dans la grisaille de la guerre froide. C’est un raz-de-marée qui, soulevant la jeunesse des cinq continents, renverse l’ordre ancien et fonde la civilisation qui est la nôtre aujourd’hui.