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Les jeunes danseurs réunis par Foofwa d'Imobilité ressuscitent des gestes perdus. 
© Gregory Batardon

Spectacle

Le beau musée de gestes de danseurs hantés

A Genève, le chorégraphe Foofwa d'Imobilité et une dizaine d'interprètes jouent les archéologues ailés, sur les traces d'Isadora Duncan. A vivre jusqu'à dimanche à la Salle des Eaux-Vives

Pour public joueur – et chevronné – uniquement. Les pièces de Foofwa d’Imobilité supposent d’être bien disposé. D’être poreux, amateur de tarot, de rébus à la Roland Topor, de cadavre exquis à la mode d’André Breton. Le danseur et chorégraphe genevois – Frédéric Gafner pour l’état civil – redistribue, d’un spectacle à l’autre, les cartes d’un bazar à fleur de peau, toujours les mêmes cartes enjouées et savantes, mais jamais dans le même ordre.

Troisième tome d’une initiation

/Unitile, The End, à Genève jusqu’à dimanche, repose sur ce principe: un canevas sur lequel une dizaine de danseurs, sortis tout frais des écoles, brodent l’aventure d’un soir, développée entre le gradin et le plateau de la Salle des Eaux-Vives. Ils poursuivent une entreprise commencée en 2015, trois pièces comme autant d’initiations, soutenue par l’Association pour la danse contemporaine et la Comédie de Genève.

Le spectateur, ce hibou

Vous voulez jouir de l’égarement? Alors pénétrez dans l’arène noctambule, éclairée par les arêtes d’une épinette, des résonances qui sont des piqûres dorées – Jacques Demierre au clavier. A l’intérieur, vos semblables, vos frères, volettent comme des hiboux dans une grotte originelle. A moins que cet espace ne soit l’antre d’un cerveau, celui partagé de Foofwa d’Imobilité, de Caroline de Cornière – chorégraphe qui le seconde – et de leur bande.

Le cerveau de la bande

Ce cerveau est un bulbe alvéolé. A main gauche, sur une paroi, une citation de Robert Rauschenberg, ce peintre américain ami de Merce Cunningham, voisine avec un apôtre de la liberté célébré par Eugène Delacroix. Sur cet autre mur, le labeur des petits rats de l’Opéra de Paris vibre sous le pinceau d’Edgar Degas. Ici, Le goût du néant de Charles Baudelaire, propose une clé de lecture, sur une vilaine photocopie; là, le synopsis d’/Unitile indique une marche à suivre.

L’ombre d’Isadora Duncan

On prend de la hauteur? Assis sur le gradin, on se retourne: surprise, tout contre vous, une Aphrodite côtoie un joli faune; une cousine d’Isadora Duncan – cette danseuse qui, au seuil du XXe siècle, forge ses pas en rêvant de la belle Hélène – fraternise avec un éphèbe christique. C’est une statuaire comme au Louvre. Mais ils s’animent, se faufilent entre deux rangées, psalmodient bientôt une incantation, un manifeste surréaliste. Et puis ils dévalent en torrent vers le plateau, se dispersent, absorbés chacun par un cérémonial.

Rondes dionysiaques

/Unitile est un musée de gestes imaginaire. Des extases dionysiaques aux rondes à la Jérôme Bosch; des langueurs d’une Africaine enturbannée à la Jean-Etienne Liotard à L’Origine du monde de Gustave Courbet; des éruptions libertaires de Monte-Verita aux corps crus du Living Theatre des années 1960, Foofwa d’Imobilité infuse la matière qui le compose.

La vertu de cette (sur) exposition? Elle rappelle au spectateur orphelin de ses transes que les danseurs servent à transmettre des gestes oubliés. Et à en révéler, éventuellement, le pouvoir. A la fin, le soussigné s’est retrouvé sur le gradin à saluer, sa main logée dans celle d’une danseuse. C’est ce qui s’appelle faire corps avec le sujet.


/Unitile, Genève, Salle des Eaux-Vives, jusqu’au dimanche 11 mars.

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