Vie littéraire

Le beau palmarès du Prix Médicis

Après un Goncourt et des Femina assez convenus, le Médicis redonne des couleurs aux prix de l’automne en couronnant Yannick Haenel et Paolo Cognetti

Yannick Haenel remporte le prix Médicis 2017 pour Tiens ferme ta couronne (Gallimard). Avec Les Huit Montagnes (Stock), l’Italien Paolo Cognetti décroche le Médicis étranger, tandis que l’Américain Shulem Deen s’adjuge celui de l’essai pour son récit Celui qui va vers elle ne revient pas (Ed. du Globe). Un beau palmarès, divers et vivant, qui salue le livre original et attachant de Yannick Haenel ainsi que le magnifique récit de montagne de Paolo Cognetti.

La Suisse choisit Zeniter

On peut remarquer cependant qu’il n’y a toujours pas d’auteure, ni même d’autrice pas plus que d’écrivaine à l’horizon des prix littéraires de cet automne 2017. Pas l’ombre d’une romancière. Etonnant, tout de même, lorsqu’on constate que Véronique Olmi (Bakhita, Albin Michel) et Alice Zeniter (L’Art de perdre, Flammarion), toutes souvent présélectionnées par les jurys des prix, ont joué avec la prolifique Amélie Nothomb les locomotives en termes de vente et de popularité dans cette rentrée littéraire.

Il a fallu que le Prix Femina décerne une récompense spéciale à Françoise Héritier pour qu’une auteure soit distinguée. Le Goncourt suisse – une variante helvétique de la version française – a réparé aussi ces oublis en élisant L’Art de perdre, la belle saga entre les deux rives de la Méditerranée d’Alice Zeniter.

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Mais ne boudons pas notre plaisir de lecteur. Yannick Haenel remporte donc le Médicis avec Tiens ferme ta couronne, un roman d’aventure mené tambour battant par un narrateur dépressif, Jean, qui passe ses journées à regarder des films. Avec sous le bras un scénario de 700 pages sur la vie de l’écrivain Herman Melville, Jean part à la rencontre du réalisateur Michael Cimino à New York.

C’est le point de départ et d’arrivée d’une succession de rebondissements improbables et irrésistibles. Au cœur du livre pourtant, des interrogations sur les origines de la violence capitaliste et une quête sur la vérité des mots. Une récompense très méritée pour un roman inspiré.

Déchaînements

Les Huit Montagnes de Paolo Cognetti, traduit par Anita Rochedy, est le troisième roman de cet auteur milanais dont Liana Levi mais aussi la maison genevoise Zoé ont publié les premières œuvres en français. Dans Le Garçon sauvage (Zoé, 2016) comme dans les Huit Montagnes, l’écriture de Paolo Cognetti est magnifiquement à l’écoute des forces, des beautés et des déchaînements de la nature.

Lire notre critique du Médicis étranger: La Montagne où fuir le monde

Shulem Deen, pour sa part, est ce rebelle new-yorkais, sorti de la communauté hassidique où il a grandi. Il raconte dans Celui qui va vers elle ne revient pas, traduit de l’anglais par Karine Reignier-Guerre, son trajet vers la liberté mais aussi ce qu’il a emporté de ses années de pratique religieuse dans le monde actuel.

Lire notre portrait du Prix Médicis de l’essai: Converti à l’hérésie


Roman, Yannick Haenel, «Tiens ferme ta couronne», Gallimard, 352 p.
Roman, Paolo Cognetti, «Les Huit Montagnes», traduit de l’italien par Anita Rochedy, Stock, 166 p.
Shulem Deen, «Celui qui va vers elle ne revient pas», traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Karine Reignier-Guerre, Ed. du Globe, 416 p.

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