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«Les beaux esprits», de Vianney Lebasque (France, 2018).
© DR

Locarno Festival

«Les beaux esprits»: amitié, QI et basket-ball

La 71e édition du Locarno Festival s’est ouverte mercredi soir avec la projection, sur la Piazza Grande, d’un «feel-good movie» s’inspirant d’un des plus gros scandales de l’histoire du sport-handicap pour en faire une aventure humaine aux vertus réconciliatrices

En 2012, le Locarno Festival lançait sa 65e édition avec The Sweeney, un polar anglais de série B dont on ne se souvient guère. Deux ans plus tard, Luc Besson présentait sur la Piazza Grande son épouvantable Lucy. Deux exemples d’ouvertures ratées. L’année dernière, délicieuse surprise, c’est Noémie Lvovsky qui était la première à fouler la majestueuse grande place locarnaise, avec le délicat et doucement surréaliste Demain et tous les autres jours.

Pour sa sixième et dernière édition à la direction artistique du festival, Carlo Chatrian a cette année de nouveau choisi un long métrage français en guise de film d’ouverture. Avec Les beaux esprits, il a plébiscité un feel-good movie plaisant même s’il demeure un peu lisse, un film qui n’irritera personne tout en se révélant facilement assimilable pour un public de premier soir, où les cinéphiles chevronnés sont moins nombreux que les invités et les familles.

De faux handicapés mentaux

Les beaux esprits, donc. Le réalisateur Vianney Lebasque s’est inspiré, pour son deuxième long métrage après Les petits princes (2013), d’un des plus gros scandales de l’histoire du sport. En 2000, aux Jeux paralympiques de Sydney, l’Espagne remporte la médaille d’or de basket-ball avec son équipe composée de déficients mentaux. Problème: sur les douze joueurs sélectionnés, seuls deux étaient véritablement handicapés. Les dix autres étaient tout ce qu’il y a de plus normaux. A l’image des Jeux paralympiques en général, cette affaire a été peu médiatisée.

Lebasque a vu dans cette histoire, au-delà du scandale, au-delà du film de sport, une aventure humaine. Il a délocalisé son récit en France. Fondateur de la Fédération française de basket-ball pour déficients mentaux et sélectionneur de l’équipe nationale, Martin (Jean-Pierre Darroussin) est désespéré: à quelques mois des jeux de Sydney, il n’a plus assez de joueurs pour prendre part à la compétition. Pire, il risque de perdre ses subventions, ce qui aboutirait à la dissolution pure et simple de la fédération.

Dépassement de soi et acceptation de l’autre

D’où cette idée: recruter des joueurs amateurs à l’aide d’une enveloppe et de la promesse d’un beau voyage, et les intégrer dans l’équipe au côté des deux athlètes handicapés qui lui restent. Leur mission: enchaîner les victoires tout en faisant croire qu’ils ont un quotient intellectuel inférieur à 70.

Lebasque a pris le parti de tirer son film vers la comédie, sans essayer de chercher envers et contre tout le politiquement correct, notamment lorsque les valides jouent aux imbéciles. Alors oui, on rit des deux joueurs mentalement limités, comme d’un troisième jouant tellement bien à l’illuminé à côté de ses pompes que l’on sent bien que lui non plus n’a pas le QI d’un Prix Nobel. Habilement, Lebasque place alors le spectateur dans la même position que celle de ses personnages. Il y a dans sa manière de montrer comment une vraie équipe va peu à peu se former, comment va naître un véritable esprit de camaraderie, une volonté de parler de solidarité, de dépassement de soi et d’acceptation de l’autre.

Casting solide

Tout cela aurait pu être d’une écœurante mièvrerie, si ce n’est que le réalisateur, tout en n’échappant pas aux clichés inhérents au feel-good movie comme au film de sport (mais pourquoi cet inévitable ralenti lors des dernières secondes du match final?), se montre plutôt habile dans sa manière de constamment rester sur le fil, de ne jamais se laisser totalement engloutir par la comédie ou le drame.

Lire aussi: Au Locarno Festival, un film de plus de treize heures, un ex-poète disparu et une forte présence romande

Si Les beaux esprits se révèle au final sympathique à défaut d’emporter totalement l’adhésion, c’est grâce, aussi, à son casting impeccable. Autour d’un Jean-Pierre Darroussin sans grande surprise excellent en entraîneur prêt à tout pour ramener à sa fille handicapée la médaille d’or qu’il lui a promis, les sept comédiens incarnant les vrais/faux joueurs déficients mentaux forment un beau collectif. Le film sortira officiellement le 7 novembre, et le voir ainsi dévoilé devant les 8000 spectateurs de la Piazza Grande est un bon moyen de lancer le 71e Locarno Festival, avant que des propositions plus radicales ne viennent véritablement chatouiller les festivaliers.

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