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Le Chelsea Hotel, sous les échafaudages.
© Valerie de Graffenried

Renaissance

Les beaux fantômes du Chelsea Hotel

En travaux depuis 2011, le mythique hôtel new-yorkais devrait rouvrir début 2019. Des locataires de longue date y sont restés, après des batailles judiciaires acharnées et des changements de propriétaires fréquents

A Manhattan, un clochard s’est installé sous les échafaudages qui enveloppent le Chelsea Hotel. Tout près de l’entrée principale et de son numéro 222, entre le vieux restaurant espagnol «El Quijote» et une enseigne de donuts. Sur un carton, il a inscrit: «Souriez, parce que cela peut toujours être pire». Il est relativement tranquille depuis que l’hôtel est en travaux. Mais de temps en temps, le clochard a droit à la visite de curieux, qui viennent humer l’air autour du mythique hôtel et tenter de guigner à l’intérieur. Peine perdue: on n’y voit pas grand-chose.

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Dessiné par Hubert & Pirson, l’immense bâtiment de 12 étages a été inauguré en 1884, en plein quartier des théâtres. Il était à l’époque le plus haut immeuble de New York et recelait la première coopérative d’habitations privées. En 1905, il se mue en hôtel et héberge surtout des artistes, pour de longs séjours, certains à titre gracieux. Le Chelsea Hotel se forge rapidement une légende. Il a vu défiler Sarah Bernhardt, Mark Twain, Thomas Wolfe ou encore Patti Smith et Bob Dylan. S’il était hanté, les fantômes feraient assurément un beau spectacle. En 1977, le bâtiment est inscrit au registre des monuments historiques, le premier de New York à figurer sur la liste.

Eau et électricités coupées

En 2007, la société BD Hotels devient gérante de l’hôtel, après la brutale éviction du manager Stanley Bard, dont la famille a toujours été particulièrement bienveillante envers des artistes désargentés. En mai 2011, le promoteur immobilier Joseph Chetrit le rachète pour environ 80 millions de dollars. Rapidement, l’hôtel est fermé. Il est en plutôt mauvais état. Des rénovations débutent, mais les résidents de longue date, protégés par une réglementation sur les locations, restent dans l’édifice. Et résistent. Parfois avec l’eau et l’électricité coupées. Des plaintes sont déposées, les travaux prennent du retard.

Nouveau changement de propriétaire en 2013: Ed Scheetz devient à son tour patron du Chelsea Hotel. Il est plus arrangeant envers les locataires et leur propose même des loyers gratuits le temps des travaux. Rebelote en février 2016: cette fois, Richard Born et Ira Drukier de BD Hotels, associés à l’hôtelier Sean MacPherson, font main basse sur le bijou décati, pour la coquette somme de 250 millions de dollars. Et qui dit nouveau propriétaire, dit nouveau projet. Le Chelsea Hotel a décidément une vie bien agitée. Aux dernières nouvelles, il devrait rouvrir début 2019.

«Comme dans une tombe»

Dans ses pages immobilières, le New York Times racontait, en février 2017, l’histoire de Debbie Martins et de son mari Ed Hamilton, qui vivent dans un des seuls studios de l’hôtel. En 2007, l’hôtel avait environ 150 appartements à louer et une centaine de chambres. Dix ans plus tard, il ne reste qu’une cinquantaine d’appartements, la plupart des résidents ayant fini par déguerpir, découragés par les travaux qui s’éternisent. Mais d’autres ont été évincés par les propriétaires successifs. «On se sent comme dans une tombe», soulignait Ed Hamilton au New York Times. Le couple tient un blog intitulé «Living with Legends» et Ed Hamilton a même publié un livre, Legends of the Chelsea Hotel: Living with Artists and Outlaws in New York’s Rebel Mecca, sur cette expérience particulière de côtoyer stars, junkies, travestis, malfrats et S. D. F. Un monde aussi interlope qu’attachant. Si vivre en plein travaux pendant plusieurs années n’est pas forcément le rêve absolu pour le couple qui en a vu bien d’autres, Ed Hamilton et Debbie Martins y ont au moins trouvé un avantage: celui de pouvoir avoir la salle de bains commune, qu’ils partageaient avec quatre autres studios, rien que pour eux.

Dans l’édition de mars 2018 de The Real Deal, consacré aux informations immobilières, le promoteur Richard Born, un ex-chirurgien reconverti, dévoile quelques-unes de ses intentions: «A quoi ressemblera le Chelsea quand les travaux seront terminés? Nous avons choisi de le rendre démocratique, parce que je ne veux pas que ceux qui y séjournent paient 750 dollars la nuit. Cela n’amènerait que des clients plus riches et plus âgés. L’hôtel lui-même comptera près de 125 chambres. Nous aurons également une trentaine d’appartements, qui pourront être loués meublés pour 30, 60, 90 jours – ou une année si vous le souhaitez – avec ou sans maintenance.» Richard Born se garde bien d’évoquer les locataires qui s’accrochent à cette légendaire bâtisse de briques rouges.

Portes aux enchères

En attendant sa réouverture, les plus nostalgiques ont pu se précipiter le 12 avril à une vente aux enchères organisée chez Guernsey’s: 55 portes des chambres de l’hôtel y ont été vendues. Celles derrière lesquelles vivaient notamment Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jack Kerouac, Humphrey Bogart, Jackson Pollock, Bob Marley, Jim Morrison et Thomas Wolfe. Ou encore Andy Warhol.

C’est grâce à un clochard que ces portes ont été «sauvées», en 2012, d’une fin programmée dans une déchetterie. La semaine dernière, elles sont parties pour plus de 500 00 dollars. La plus prisée? Celle de Bob Dylan, vendue à plus de 100 000 dollars. L’heureux S. D. F., qui a vécu à l’hôtel entre 2002 et 2011 avant de se retrouver à la rue, a décidé de faire don de la moitié des recettes de la vente à l’ONG City Harvest, une organisation qui nourrit les plus défavorisés de New York. Il vivait précisément dans l’une des trois chambres occupées par Bob Dylan. Sans payer un sou.

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