On avait injustement oublié ce chef-d’œuvre de Fitzgerald. Une nouvelle traduction signée par la romancière et universitaire Julie Wolkenstein permet enfin d’en apprécier la beauté vénéneuse et malade. Les lecteurs n’ont d’yeux que pour Gatsby, paru en 1925, devenu un classique de la littérature américaine alors que Beaux et maudits, publié en 1922, est resté dans l’ombre, souvent minoré par la critique qui le trouve mal construit, déséquilibré, voire potache. Pourtant, son foisonnement, sa générosité et sa façon de bousculer les conventions littéraires font sa force. Ainsi, en plein roman, Fitzgerald introduit un dialogue de théâtre. On y apprend, depuis le paradis, la réincarnation prochaine de la Beauté sur terre, dans la peau d’une garçonne des Années folles…

Dans le New York des années 1913-1914, Anthony et Gloria, sublimement beaux, passent de fête en fête, dilapident leur jeunesse et leur argent, du bar du Ritz au dancing canaille le Boul’Mich, de whisky-Coca en coûteux cigares, dont les volutes bleutées semblent les prendre peu à peu au piège. Ils ne font rien, mais ils le font admirablement, avec panache, en dandys. Or, plus les années passent et plus les réveils sont tristes, plus l’angoisse grandit: comment faire, malgré tout, quelque chose de sa vie? Comment échapper à «cette odieuse moisissure qui finit par se former chez presque tout le monde»?