Sous le titre d'Alchimies urbaines, Iseult Labote présente, outre un large éventail de photographies de grand format, quelques pièces tridimensionnelles. Les unes comme les autres empruntent leur matériau et leurs motifs à la ville, aux villes traversées, et notamment aux industries qui y sont actives. L'idée consiste à opérer une transposition des sensations, à dérouter la vision. Par le changement d'échelle d'une part, et grâce aux effets de reflets et de couleurs. Le résultat est magnifique, qui fait par exemple contraster la blancheur d'une tenture, mais est-ce bien une tenture, avec le rougeoiement de supports de bois, ou est-ce de briques qu'il s'agit?

De son origine grecque orthodoxe, du souvenir de la collection familiale d'icônes, l'artiste conserve le goût des patines dorées, des lumières qui baignent les objets avec douceur. Le choix des cadrages, sur des sites industriels qui, à qui sait les repérer, offrent une gamme étendue d'éléments formels et chromatiques, lui permet de réaliser des séries proches de l'abstraction. Le travail du temps est inclus et décrit, significativement, non comme un facteur de détérioration ou de salissure, mais comme rendant le réel plus précieux encore.

La réalité crue et nue

Ainsi, des boîtes de conserve, stockées à l'extérieur et oxydées, acquièrent, sous le soleil, une dorure qui en fait des trésors. Une série différente est montrée dans la crypte de la galerie; intitulée LaChaudière et réalisée au Japon, dans des bains publics, elle combine le sentiment de malaise lié au voyeurisme à l'émotion que produit une réalité nue et crue, enfin dégagée des masques et des atours. Les reliefs adoptent un principe semblable. Boulons, griffes et autres œillets sont si bien fixés sur des grilles et mis en boîte qu'ils apparaissent comme les ingrédients d'œuvres minimales, voire conceptuelles. Une suite un peu ironique de ces tableaux sous verre livre les noms de musées tels que le MoMA ou le Mamco, lieux où aboutissent de plus en plus souvent ces éléments récupérés, mûrement réfléchis et soigneusement mis en scène.

Iseult Labote: Alchimies urbaines.Galerie de la Ferme de la Chapelle (rte de la Chapelle 39, Grand-Lancy, tél. 022/342 94 38). Ma-di 14-18h. Jusqu'au 9 novembre.