Au début de l'été, l'attente était grande. Jamais l'occurrence des grandes biennales d'art n'avait été aussi propice. Biennale de Venise, puis Documenta à Kassel - qui ne se tient que tous les quatre ou cinq ans -, les Skulptur Projekte à Münster - qui eux ne tombent que tous les dix ans -, et enfin Biennale de Lyon promettaient beaucoup. Ces manifestations n'ont que peu tenu: déception à hauteur de l'attente. Par la faute d'options restées brouillonnes.

Quelques belles œuvres

Ce qui n'a pas empêché des admirations. Il y a toujours à grappiller. «A Venise, j'ai vu des œuvres qui ont une présence», nous confiait à mi-août Bernard Fibicher, le directeur du Musée des beaux-arts de Lausanne. Et nous-même, à Münster, avons apprécié les considérations renouvelées sur l'art dans l'espace public qui y étaient faites. Notamment par l'intégration des nouveaux médias électroniques et de travaux plus intimistes. Mais cette lecture n'était pertinente qu'en raison de la présence d'œuvres restées des éditions précédentes. L'évolution de la notion de sculpture y était donc lisible.

A l'inverse, la Documenta de Kassel, dont on attend toujours - un peu trop - qu'elle trace des perspectives, s'est complu dans le statisme. Sous prétexte de ne pas tomber dans les catégorisations, paralysantes. Et comme les deux commissaires, Roger Buergel et Ruth Noak, ont misé sur les rapprochements formels, tout est devenu compatible avec tout. Avec cette naïveté de croire que cela pourrait faire le bonheur du village global et cimenter sa vaste communauté d'humains.

Manque d'options franches et de visions claires

Mais le pire a été réussi par les deux commissaires de la Biennale d'art de Lyon, Stéphanie Moisdon et Hans-Ulrich Obrist. Ils se sont déchargés sur une soixantaine d'autres «spécialistes» et artistes de tous continents de la mission de brosser la situation de l'art actuel. Obtenant par là un joli effet d'éclatement, livré sans volonté de classement, sans conclusion ni discours. Comme quoi, l'insuffisance des biennales repose beaucoup sur la médiocrité de leur tutorat, les responsables s'appuyant sur les béquilles de leurs réseaux par manque d'options franches et de visions claires.