Il y a ces placides bornes à incendie qui jalonnent la petite exposition. Et qui cachent un réseau souterrain occulte, l'une d'elles le dévoile. Dans les caves du Château d'Yverdon, sous l'impulsion de la Maison d'Ailleurs sise en face, des étudiants de la Haute Ecole d'art et de design de Genève (HEAD) présentent Sombres Desseins, variations sur le thème du complot. Seizeinstallations très technologiques, certaines fort réussies, qui contrastent avec ces lieux médiévaux aux murs de rocaille.

Caricatures

Le musée de la science-fiction tenait lundi son premier colloque public dans l'Espace Jules Verne, à peine ouvert (LT du 2.10.08), en prélude à cette exposition. «Quand j'entends dire que la planète est dominée par les francs-maçons, les sages de Sion ou les hauts commissaires de l'OMC - selon l'époque -, je souris. Puis je me demande pourquoi je souris», lance Daniel Pinkas, professeur à la HEAD. Ce rationaliste affiché rappelle que les théories du complot «possèdent une grande puissance de neutralisation des arguments qui leur sont opposés». Attention à ne pas caricaturer en opposant esprit rationnel et crédulité populaire, prévient le sociologue Pierre Lagrange: si, naguère, la mentalité scientifique bataillait contre l'Eglise toute-puissante, la science est désormais «une vaste bureaucratie» que certains bousculent. L'écrivain Norman Spinrad, lui, pilonne le débat car «tout pouvoir est un complot». La crise financière actuelle trahit ainsi «une conspiration communiste ourdie depuis Ronald Reagan jusqu'à George W. Bush, visant à nationaliser les banques américaines».

L'illusion manipulatrice

Trêve de boutades, l'exposition des étudiants genevois incarne le propos, surtout sous l'aspect de l'illusion manipulatrice. Dans un décor sombre, on commence par un prie-Dieu animant une figure de madone de laser, allusion aux procédés de propagande des conquistadores. On évoque l'explosion du Cervin par un groupuscule clandestin, en boucle sur un écran. On noyaute le film New York 1997 de John Carpenter avec un discours ultra-féministe.

Plus complexe, une «Post-Babylon» joue sur l'imagerie de guerre et de dévastation urbaine. Et une autre installation, image en 3D que le visiteur manie avec une molette, montre une aimable nature morte dont, en fait, tous les éléments ne sont là que pour l'apparence, vides à l'intérieur, en dessous ou au-dessus. Tout n'est qu'illusion, au service du complot.

Sombres Desseins. Cave du Château d'Yverdon, jusqu'au 24 octobre. Inclus dans la visite de la Maison d'Ailleurs. Rens. http://www.dark-designs.net