Le voyage d'artiste n'est pas une nouveauté. Aux XVIIIe-XIXe siècles, il poussait peintres et sculpteurs jusqu'à Rome. Où ils s'émouvaient des ruines et modèles antiques. Se frottaient aux exemples de la Renaissance et du Baroque. Sur l'itinéraire, la traversée des Alpes remplissait les carnets de croquis. Aujourd'hui, les déplacements ne sont plus une grande affaire. Les artistes ont intégré la globalisation et les descriptifs dans leurs langages. Le voyage d'artiste n'est plus une thématique.

Le centre artistique et culturel de la Ferme-Asile à Sion a cependant réanimé le sujet pour une exposition collective. Huit artistes contemporains l'illustrent par le film, la photographie, l'installation, par des objets, par des jeux d'ombres changeantes, la peinture, les citations littéraire et picturale. Les angles choisis sont aussi extrêmement divers.

Réflexion d'Olivier Desvoignes sur l'hospitalité, par exemple, à travers des reproductions de fragments d'images peintes par cet inconnu qui se faisait appeler Le Déserteur dans les années 1850-1870 dans le Valais central. Fragments mis en rapport avec des bouts de phrases empruntés à De l'hospitalité (1997), texte du philosophe Jacques Derrida. Ou dans une autre direction: projection dans le futur pour y trouver les restes archéologiques de notre présent ou des traces de civilisations encore à découvrir. Telles ces petites Soucoupe1 et Soucoupe2 fossilisées comme des pierres antiques et que Beat Lippert mêle d'ailleurs à deux stèles, Saturninus, comportant des inscriptions latines. Les deux stèles sont identiques. Voyage donc à travers les époques, dans la confusion des temps et raillerie sur les dispositifs muséologiques et les moulages de sauvegarde.

En unissant deux baignoires dressées par des charnières qui permettent de refermer les deux parties comme une capsule, Chun Yan Zhang suggère l'évasion infinie. «Je me suis couchée dans ma baignoire et j'ai laissé couler le temps, a-t-elle écrit, j'avais le sentiment de me trouver dans un lieu inconnu.» Evasion en chambre aussi, puisque l'un des pans de la capsule sert aussi de bibliothèque. Evasion impossible aussi, circulaire, qui renvoie à la situation de l'exilé, dans le travail de Stéphane Delannoy. «Je n'ai ni boussole, ni carte, ni même une idée de l'endroit où peut se situer la terre promise. Je sais seulement que j'en suis exilé.» Situation précaire dont témoigne la fragilité même du système de projection à 360° de Delannoy. Puisque c'est par une vidéo d'appoint que le spectateur aperçoit la silhouette fugace d'un personnage courant en rond.

Le voyage reste aussi la découverte et l'appréhension de l'autre, la perception de son environnement. Mais cela ne se révèle parfois qu'en filigrane. Comme dans cette série de photographies de Guadalupe Ruiz, La Boca del viento, qui ne montre que des lieux sauvages, envahis par la luxuriance de la végétation tropicale, mais qui sont des lieux considérés comme sacrés par les civilisations colombiennes. De ces lieux fondateurs et enfouis, Emmanuelle Bayart en rend également compte dans ses photographies prises dans une station du métro de Mexico. Où des fresques rappellent que la cité moderne est bâtie sur les restes de la cité détruite par les conquistadors.

Quant à Ana Strika et à Marc Elsener, ils donnent davantage dans les échappées libres. La première en proposant de grandes feuilles de papiers découpés qui tournicotent devant un projecteur. Et peu importent les sujets finalement, leurs ombres portées engendrent suffisamment de combinaisons variées pour emporter quiconque dans les contrées du rêve et du fantastique. Le second a composé des petites saynètes peintes. Marquées par la fantaisie et le sarcasme. Où l'on voit un personnage prendre sa femme pour un cerf-volant et l'amener au-dessus de la gueule carnassière d'un requin. Ou un automobiliste énervé envoyant conchier les artistes en pleine nature. De quoi s'évader sur des modes très différents.

PlattformThema. Voyage d'artiste.Ferme-Asile (prom. des Pêcheurs 10, Sion, tél. 027/203 21 11, http://www.fermeasile.ch). Ma-sa 11-22h, di 11-15h. Jusqu'au 22 juin.