En effectuant des coups de sonde auprès de différentes institutions muséales internationales et suisses, en épluchant les différentes sélections reçues, le programme des expositions beaux-arts pour l'année 2005 ne fait pas ressortir des choses bien extraordinaires. Mais il y aura tout de même plusieurs grandes biennales. Et les musées suisses proposent plusieurs manifestations intéressantes.

La première d'entre elles, d'un intérêt certain, vient d'ailleurs d'ouvrir, à la Fondation de l'Hermitage http://www.fondation-hermitage.ch à Lausanne. Intitulée «Impressions du Nord», elle est la première présentation en Suisse, entièrement consacrée à l'art scandinave de 1800 à 1915. Une centaine d'œuvres d'artistes danois, finlandais, norvégiens et suédois répandent une atmosphère paisible et une luminosité claire et forte. Autre exclusivité proposée par la Fondation: «Gustave Caillebotte (1848-1894). Au cœur de l'impressionnisme» (24 juin-23 octobre). Les peintures, pastels et dessins de ce personnage attachant mais tôt disparu (45 ans), mettront en valeur le rôle non seulement d'artiste mais aussi de mécène et de collectionneur qu'il a joué dans la promotion du mouvement. Dédaigné par les historiens d'art, il bénéficie ici d'une belle réhabilitation.

A la Fondation Pierre-Gianadda http://www.gianadda.ch à Martigny, après «Félix Vallotton. Les couchers de soleil» (18 mars-12 juin), repris du Kunstmuseum de Berne où l'exposition est encore visible (jusqu'au 20 février), l'événement sera l'accueil de «La peinture française du Musée Pouchkine à Moscou» (17 juin-13 novembre). Une collection qui comprend d'indéniables chefs-d'œuvre de Cézanne, Matisse et Gauguin. De son côté, la Fondation Beyeler http://www.beyeler.com à Riehen/Bâle annonce une présentation sur «Le Mythe de la fleur, de Van Gogh à Jeff Koons» (27 février-22 mai). En coopération avec le Louisiana Museum of Modern Art d'Humlebaek près de Copenhague, l'ensemble réunit plus de 160 œuvres qui mettent en jeu la beauté, l'éros et la mort à partir d'une forme fondamentale et archaïque d'existence. La fondation annonce aussi pour l'été une vaste rétrospective René Magritte (7 août-27 novembre). Celle-ci devrait démontrer comment ce grand peintre belge, maître du surréalisme, a attiré l'attention sur l'efficacité de l'art et comment, d'autre part, il peut être considéré comme un précurseur du pop art. Cette rétrospective fait d'abord étape (6 avril-31 juillet) à Vienne en Autriche, au BA-CA Kunstforum.

A l'instar de celle sur la fleur, d'autres thématiques, piquent la curiosité. Ainsi, le Centre PasquArt http://www.pasquart.ch à Bienne, avec «Héros à jamais» (2 octobre-27 novembre) se propose d'aborder la figure du héros dans l'art contemporain. Surprise! La peinture, elle-même, pourrait être la vraie figure héroïque de l'art contemporain. Quant au Kunsthaus d'Aarau http://www.ag.ch/kunsthaus, il présente les «Formations nuageuses. De John Constable à Gerhard Richter» (27 février-8 mai) ou comment l'image du nuage fut prise en considération par la peinture à partir du XIXe siècle. Préparée par le Bucerius Kunst Forum de Hambourg et montrée à Berlin, cette partie historique est complétée à Aarau par un volet plus actuel. Le Kunsthaus argovien propose par ailleurs, une belle rétrospective de Bridget Riley (3 septembre-6 novembre). Cette artiste britannique, née en 1931, est la championne de l'op art. Depuis ses débuts, à la fin des années 1950, l'étude des vibrations visuelles est constamment restée au centre de ses travaux.

Il y a fort à parier que, dans les musées romands, l'exposition la plus attendue risque d'être celle du «Concours international d'architecture pour le nouveau Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne» http://www.beaux-arts.vd.ch. Les maquettes du projet gagnant et des autres propositions seront exposées (11 mars-15 mai) dans les locaux actuels. Du côté de Genève, le Musée Rath (mah.ville-ge.ch) accueillera une exposition originale, «Richard Wagner. Visions d'artistes, d'Auguste Renoir à Anselm Kiefer» (23 septembre-29 janvier 2006). Organisée en coïncidence avec les représentations d'une nouvelle production de Tannhäuser au Grand Théâtre, elle répercutera l'écho de la musique de Wagner dans les beaux-arts, des années 1860 à maintenant.

A Zurich, le Kunsthaus http://www.kunsthaus.ch se paie le luxe de trois manifestations d'envergure. La première concerne Sigmar Polke (8 avril-19 juin), alchimiste de la peinture allemande actuelle, invité avec ses derniers travaux monumentaux. Il sera suivi par Pieter Claesz (22 avril-21 août), peintre du Siècle d'or néerlandais, le XVIIe, qui a profondément marqué le genre de la nature morte. La troisième grande exposition célèbre la figure du «Suisse sauvage» Johann Heinrich Füssli (14 octobre-8 janvier 2006). Ce peintre zurichois préromantique a durablement influencé l'art anglais par ses idées excentriques. Füssli est mort à Londres en 1825, à 84 ans. A Bâle, le Kunstmuseum http://www.kunstmuseumbasel.ch rend hommage à Willem De Kooning (17 septembre-22 janvier 2006), personnage central de l'Expressionnisme abstrait new-yorkais. La thèse soutenue entend démontrer que son style échevelé doit beaucoup à son approche naturaliste.

Sur le plan international, le plus gros coup est d'ordre historico-ethnologique. A Bonn, la Kunst - und Austellungshalle http://www.bundeskunsthalle.de, en préambule au 800e anniversaire de la fondation de l'empire mongol en 2006, célèbre «Gengis Khan et son héritage» (16 juin-25 septembre). Un regard sur l'apogée de cet empire, étendu de l'Europe centrale aux rives du Pacifique, mais aussi sur les civilisations qui le précédèrent et le suivirent. Paris et le Louvre http://www.louvre.fr se penchent, eux, sur «La France romane, au temps des premiers Capétiens» (10 mars-6 juin).

Pour le reste, ce sont plutôt les artistes modernes classiques qui tiennent la rampe. A New York, le Metropolitan Museum http://www.metmuseum.org remet en lumière l'œuvre de Max Ernst (7 avril-10 juillet). En réunissant quelque 180 peintures, dessins, collages, sculptures et livres illustrés qui marquèrent le mouvement surréaliste. A Rome, au MACRO

Museo d'arte contemporeana Roma http://www.macro.roma.museum: hommage à Tom Wesselmann (juin-septembre). C'est la première rétrospective, en collaboration avec le Whitney Museum de New York, après sa mort récente, le 22 décembre 2004. Sa carrière durant, il a jalonné l'histoire du pop art de ses nus et de ses natures mortes à la cigarette. A Berlin, trois institutions, le Martin-Gropius Bau http://www.gropiusbau.de, le Neuer Berliner Kunstverein et la Neue Nationalgalerie s'unissent pour rendre hommage à Günther Uecker (11 mars-6 juin) à l'occasion de ses 75 ans. Compagnon du groupe avant-gardiste Zero, fin des années 1950, avec ses tableaux de clous blancs, il cherche depuis les années 1980-90 à exprimer «la vulnérabilité de l'humain par l'humain».

Au calendrier des événements spéciaux, biennales et principales foires d'art, on notera l'ARCO à Madrid (10-14 février), la TEFAF à Maastricht (4-13 mars), la 36e Art Basel (15-20 juin), la 3e Frieze Art à Londres (29 septembre-2 octobre), la FIAC à Paris (6-10 octobre), l'Art Cologne New Art (28 octobre-1er novembre) et Art Basel Miami Beach (1er-4 décembre). La 51e Biennale de Venise (12 juin-6 novembre) est placée sous les directives de deux curatrices espagnoles, María de Corral et Rosa Martínez. La première a choisi «L'expérience de l'art» comme thème de l'exposition générale, au pavillon italien. La seconde, celui de «Toujours un peu plus loin», inspiré d'une aventure de Corto Maltese, le héros de Hugo Pratt, pour les œuvres présentées à l'arsenal. Quant à la Biennale de Lyon (12 septembre – 31 décembre), ses deux commissaires, Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans, directeurs du Palais de Tokyo à Paris, ont choisi pour axe «Le temps de l'œuvre». Mais le gros événement artistique se produira en Suisse, à Berne. Où le lundi 20 juin, le Zentrum Paul Klee, réalisé par l'architecte italien Renzo Piano, ouvrira ses portes au public.