La sphère, l'or, la couleur rouge, le noir, le verre, le marbre, les colonnes cylindriques, la fine texture du grès, les lettres ornées d'étoiles sont les éléments qui dominent dans l'exposition en hommage à James Lee Byars (1932-1997), montée par le Kunstmuseum de Berne. L'artiste américain avait le goût des belles matières et des formes élégantes et fortes. Ce qui donne une présentation dépouillée. Manquent les vibrations d'un art qui reposait beaucoup sur des actions, des performances et sur la nature du personnage. Byars avait le sens de l'apparat et de la mise en scène. Avec son chapeau haut de forme et sa redingote dorée, il avait l'allure d'un magicien et le chic pour envelopper ses interventions de mystère et de poésie.

Attiré par le fugace, l'éphémère et l'imaginaire, il était de nulle part et de partout, cosmopolite. Né à Detroit, il étudie l'art, la philosophie et la psychologie à la Merrill-Palmer School. Mais après de premières performances aux Etats-Unis, c'est surtout au Japon et en Europe qu'il se fait apprécier. Sur ce continent, il expose pour la première fois en 1969 à Anvers et se retrouve la même année à Berne où il rencontre Harald Szeemann. Alors directeur de la Kunsthalle, celui-ci venait d'organiser Quand les attitudes deviennent formes, exposition qui fera date. James Lee Byars œuvrait tout à fait dans cet esprit. Moins polémique que Joseph Beuys, plus dans la veine d'un Robert Filliou (1926-1987) et ses questionnements ésotériques, il ambitionnait comme ce dernier d'abolir les frontières entre son travail et sa vie pour façonner une œuvre d'art totale. Il vivait alternativement en Amérique, au Japon et en Europe.

Berne fut un des havres où il aimait à séjourner, pour de longues périodes; depuis qu'en 1972, Harald Szeemann l'avait invité à la Documenta de Kassel. A partir de 1975, Byars fit partie de la programmation de la galerie bernoise Toni Gerber. L'exposition (onze salles) repose sur les donations de ce galeriste au musée et sur les acquisitions que firent par son intermédiaire des collectionneurs comme les Hermann et Margrit Rupf. Ce qui fait que le Kunstmuseum se retrouve le dépositaire de la plus grande collection d'œuvres de Byars.

Dans les années 1970-1980, l'artiste se produisit à diverses reprises au Kunstmuseum et dans les rues de Berne. Devant le magasin Loeb, il a susurré des noms de parfums dans un mégaphone. Monté en haut de la tour de l'horloge (Zytglogge) et revêtu d'une cape rouge, il a égrené des prénoms aux consonances germaniques. Une autre fois, à l'aube, il a roulé une grosse pierre sphérique le long de la rue centrale et a invité les personnes présentes à observer ceux qui s'étaient levés tôt. Dans le cadre des interventions d'artistes dans les alentours de l'Hôtel Furkablick au col de la Furka, il était intervenu les yeux bandés. Il affectionnait l'attitude de celui qui n'y voit guère mais ressent les choses mieux que d'autres. Dans une lecture remaniée de la parabole «L'aveugle et le paralytique», il tient l'artiste, aux sens aiguisés, pour celui qui force le public à mettre un pas devant l'autre, à progresser. Travail que l'artiste accomplit obstinément, tel Sisyphe. Dont la pierre, à force de la rouler, devient parfaite. Ainsi, là où l'écrivain Albert Camus ne voyait dans le labeur de Sisyphe qu'un acte d'absurdité, James Lee Byars fait de l'absurde une volonté qui amène à la perfection. Et c'est par cette voie qu'il cherche à conduire les autres vers cette perfection.

Cette quête d'absolu chez l'humain est bien sûr relative et peut n'être qu'une action simple, inattendue, mais accomplie avec émerveillement. Comme, par exemple, l'envie d'orner ses messages écrits de fioritures, pour faire une fleur à ceux auxquels ils sont adressés. Ou de déposer une grosse boulette de pain sur un coussin de soie au cœur d'un écrin en verres taillés et dorures. D'où ce sentiment d'esthétisme, de culte des formes, d'enjolivures qui hante cette exposition. Mais dont les esprits sont animés par l'impertinence, comme le constate le spectateur quand il découvre les vidéos qui documentent les performances de Byars. Et c'est ce qui étonne. D'observer que le goût, cette faculté de juger ce qui est délicat, est compatible avec des conduites tenues pour loufoques ou aberrantes. Voilà donc une visite qui devrait rassurer nombre de parents sur les comportements de leurs rejetons.

«Im full of Byars». James Lee Byars - Un hommage. Kunstmuseum Bern (Hodlerstrasse 8-12, Berne, tél. 031/328 09 44, http://www.kunstmuseum bern.ch). Ma 10-21h, me-di 10-17h. Jusqu'au 1er février 2009.