Tout de suite à droite, en entrant dans l'exposition de Jean-Frédéric Schnyder au Museum für Gegenwartskunst à Bâle, un gourdin en bois est à disposition. Un bon coup sur la tête et le visiteur, entre fêlure et euphorie, est assuré d'être en accord avec le travail à découvrir. L'artiste est en effet l'un des créateurs suisses les plus insaisissables, les plus inventifs et les plus productifs.

Né en 1945, Bâlois d'origine, Jean-Frédéric Schnyder passe sa jeunesse près de Berne, obtient son diplôme de photographe puis nomadise à travers la Suisse, s'installant un temps en Engadine (Ftan, Vnà, Poschiavo), un temps au pied du Niesen à Aeschi, à Uttigen près de Thoune ou encore ailleurs dans la campagne bernoise. Ce qui ne l'a pas empêché de fonder une famille. Il vit actuellement au bord du lac de Zoug. Et travaille partout, incessamment. Le vélo de course et le chevalet portable sont ses instruments; ils trônent au milieu de l'exposition.

Il est peintre avant tout. Mais Jean-Frédéric Schnyder est aussi céramiste et bricoleur. C'est un artiste qui s'escrime sur tous les fronts et pourfend tous les styles, tous les genres. Ses Studien (Etudes), accrochées autour de la grande salle sont des pastiches d'art populaire, de motifs décoratifs et d'emprunts aux maîtres (d'Albert Anker à Diego Velázquez). Tout ce qui entre dans le quotidien intègre ses œuvres. Il se fera vite repérer pour cela. Harald Szeemann le fera participer à sa célèbre exposition Quand les attitudes deviennent formes, à la Kunsthalle de Berne en 1969. Et si Jean-Frédéric Schnyder est alors influencé par le pop'art, c'est plutôt le fantasque qui domine désormais. Mais en prise avec la réalité ou la culture d'appartenance et ses fantasmes. C'est un art de proximité, du terre à terre.

Vertige

Ses thèmes sont souvent déclinés en suites. Il y a celle consacrée à l'autoroute entre Sankt Margrethen et Genève, celle des salles d'attente de gares, le motif des carrières de pierres, celui des couchers de soleil au bord du lac de Zoug. Au-delà du sujet, c'est l'exercice du traitement qui le fascine. Manière romantique pour les couchers de soleil. Manière néo-impressionniste pour les carrières. Et quand il taille 100 coquilles de noix en forme de poussette d'enfants, c'est pour parler de la fragilité. Et s'il peint une immense fresque sur toile de la Danse des morts (Apocalypso, 1976-78), c'est pour se moquer de nos obsessions et de nos craintes, comme il fustigera le peu d'imagination en bricolant une maisonnette pour oiseaux sortant de l'ordinaire. L'accrochage ne tient pas de la rétrospective. Il ne fait qu'évoquer l'immense diversité de sa créativité, de 1960 à maintenant. C'est simplement fou, on ne peut s'en échapper qu'avec le vertige.

Austellung J.F. Schnyder 2007.Museum für Gegenwartskunst (St. Alban-Rheinweg 60, tél. 061/206 62 62). Ma-di 11-17h. Jusqu'au 26 août.