C'est une histoire d'eau (de chute d'eau). C'est aussi l'histoire d'un espace dévolu à l'art contemporain, pour son dixième anniversaire, et une réflexion sur la saturation du son et de l'image: «Leibniz observait déjà que lorsqu'on passe quelque temps près d'une cascade, on est d'abord gêné par le bruit pour l'oublier ensuite tout à fait.» La collective sur le thème de la chute d'eau montée par Circuit dans ses locaux lausannois se révèle pailletée de clins d'œil et de références.

De Duchamp à Mosset

Devant la porte à bascule de la galerie, un rideau d'eau créé par un agencement de tuyaux d'arrosage, œuvre d'Alexandre Bianchini appartenant à la collection d'Olivier Mosset, donne à penser, de l'intérieur, qu'il pleut; à travers cette «peinture» tout en coulures on aperçoit le quai Jurigoz désert et relié, via les trains qui sur les voies passent dans les deux sens, au monde extérieur. L'installation de Bianchini est à l'image des autres pièces montrées, dont chacune a sa petite histoire; les fils se croisent et parfois se nouent, rendant l'exposition cohérente et pertinente.

L'idée première de la manifestation revient à Olivier Mosset. Se souvenant de l'existence d'une image de chute d'eau qui se trouvait collée au mur de l'espace investi par Circuit, après son déménagement en 2005, il l'a reliée à une pièce de Marcel Duchamp, au fond de laquelle figure une cascade, située à Chexbres. La contribution de Mosset à l'exposition est d'ailleurs un «ready-made in situ», à découvrir à Chexbres, soit cette cascade près de laquelle est programmé un déjeuner sur l'herbe...

Egalement fasciné par la même œuvre et par l'environnement de cette chute d'eau, dont il fait remonter la découverte par Duchamp à 1922, Pietro Sarto propose un jeu de collages dans la veine dada. Jeux de mots et citations font également partie des travaux des autres plasticiens invités, de la bien nommée Claire Fontaine à ce créateur anonyme qui remplit un album philatélique de timbres de 5 centimes, imprimés par un automate jusqu'à l'épuisement de l'encre et au blanc qui en résulte.

Lire entre les gouttes

L'écran TV recouvert de spray par Steven Parrino n'est pas blanc, mais noir, hormis le scintillement de quelque point lumineux, de même qu'est noire la colonne en Y rebaptisée Fontaine par Delphine Coindet, colonne empruntée aux anciens locaux de Circuit. Elle est noire, mais aussi moirée, l'artiste l'ayant présentée dans une église et ayant reproduit sur les faces de cette colonne un souvenir des reflets des vitraux qui s'y trouvaient. John Armleder fait contraster le kitsch de panneaux lumineux qui imitent le mouvement d'une chute d'eau avec la sobriété de panneaux monochromes, Christophe Rey remplace le rideau d'eau par un rideau d'étoffe et Bachman/Banz tournent carrément le dos à la cascade, pour capter une image non moins pittoresque, icône cinématographique. L'exposition, on l'aura compris, se prête à une lecture entre les lignes, entre les gouttes.

La chute d'eau, collective. Circuit (av. de Montchoisi 9, accès quai Jurigoz, Lausanne, tél. 021/601 41 70). Je-sa 14-18h. Jusqu'au 21 juin.