Si, après Auguste Rodin (1840-1917), l'évolution de la sculpture s'est accélérée, l'articulation de son œuvre entre classicisme et modernité n'a pas été totalement exploitée. Or, deux expositions exceptionnelles, l'une à Paris au Musée du Luxembourg, l'autre à Rome à l'Académie de France (Villa Médicis), réactivent l'intérêt de sa position.

L'exposition du Musée du Luxembourg reconstitue le plus fidèlement possible la représentation qu'avait voulu donner Rodin de son œuvre en 1900. Il a alors 60 ans. Et en marge de l'Exposition universelle, il fait construire, place de l'Alma, un pavillon spécialement conçu pour accueillir une rétrospective qui lui vaudra sa renommée internationale.

Une lumière naturelle, et donc changeante, inondait l'espace, car Rodin estime que «la sculpture est un art de plein air et trouve indigne qu'une œuvre puisse valoir que sous un seul angle». Les quelques photos (voir ci-contre) de Marc Renaud, prises lors d'un reportage au Musée Rodin, soulignent l'importance et la permanence de ce souci. Mais ce n'est pas uniquement cette atmosphère irradiante que le spectateur retrouve au Musée du Luxembourg. La présentation offre une vision complète de l'œuvre, avec l'appui de dessins et de photographies, et attire l'attention sur la manière de voir et de travailler de l'artiste.

Des grandes pièces connues, tel le Balzac (1898), «pivot même de mon esthétique», disait Rodin – et qui trône au centre –, jusqu'aux esquisses minuscules, comme Le Départ des volontaires (1979), le visiteur suit sa traque des frémissements de la vie, son effort d'atteindre le noyau de l'œuvre d'art en dépouillant celle-ci du superflu. D'où la technique de Rodin de reprendre des fragments, d'essayer des assemblages, des pièces dans d'autres positions, pour faire ressortir une attitude, sa dynamique.

De son côté, l'exposition de Rome – où Rodin séjourna à une dizaine de reprises – mettra en avant la référence à l'Italie dans son œuvre. Différents exemples montreront comment Dante (La Porte de l'Enfer, 1880-1890), la Renaissance avec Michel-Ange, le baroque et l'antique ont façonné sa modernité.

Rodin en 1900. L'exposition de l'Alma. Musée du Luxembourg (rue de Vaugirard 19, Paris). Ts les jours 11-19 h (je 22 h).

Jusqu'au 15 juillet.

Rodin et l'Italie. Villa Médicis (Rome). Ts les jours (sauf ma) 10 h 30-19 h 30. Du 5 avril

au 9 juillet.