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Emeline Bayart sous la coiffe de Bécassine.
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«Bécassine!»: une nouvelle jeunesse pour la bonne bretonne

A 113 ans, l’iconique Bécassine reprend du service. Bruno Podalydès lui consacre un film débordant de tendresse et de cocasserie, propre à réconcilier petits et grands avec le personnage

Un nouveau matin se lève au son du pipeau sur la Bretagne éternelle, et le coq d’entonner La Marseillaise. La jeune Bécassine perd une dent. Dans le rôle de la petite souris, l’oncle Corentin (Michel Vuillermoz) échange la quenotte contre une graine d’arbre bleu. Le temps qu’il grandisse, Bécassine, devenue adulte, a l’idée de monter à Paris, la Ville-Lumière dont on aperçoit la tour Eiffel juste derrière les pâtures.

Baluchon sur l’épaule, elle prend la route. Son chemin croise celui de l’automobile jaune de la marquise de Grand-Air (Karin Viard) en balade avec M. Proey-Minens (Denis Podalydès) et un adorable bébé, Loulotte, fruit d’une faute ancillaire. Bécassine est aussitôt promue nurse. En avant la vie de château, tendance Moulinsart, auprès de Madeleine (Isabelle Candelier), la cuisinière dissipée, Hilarion, le valet stylé (Jean-Noël Brouté), Cyprien le chauffeur (Philippe Uchan) et Mademoiselle Châtaigne (Josiane Balasko), qui conduit la lutte des classes à grands coups de tape-tapis sur les fauteuils.

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Ecrite par Caumery et dessinée par Joseph Porphyre Pinchon, Bécassine a fêté ses 113 ans au début de l’année. Publiée dans La semaine de Suzette, un hebdomadaire dédié aux fillettes de la classe aisée, cette série n’est plus guère lue par des générations branchées Marvel et manga. Avec la finesse malicieuse qui est sa marque de fabrique, Bruno Podalydès (Dieu seul me voit, Adieu Berthe, Comme un avion…) extrapole pour exprimer le suc de ces saynètes centenaires: «Je ne voulais pas être iconoclaste, mais plutôt prolonger, réinventer, aller au-delà de ce qui existe déjà.»

Mécaniques farfelues

Godiche mais jamais passive, féministe sans le savoir, elle qui enfonce avec jubilation l’accélérateur de la voiture, candide et pleine de bon sens, Bécassine carbure à l’étonnement et à la bonté. Le progrès l’émerveille! L’électricité! L’eau courante! Elle fonce, accumulant gaffes et maladresses (stériliser le biberon dans l’eau des patates et se retrouver avec un tubercule coincé dans la bouteille…), mais, ingénieuse, invente des gadgets pour concours Lépine tels l’éjecte-œuf ou le biberon automatique, traduisant le goût du cinéaste pour les mécaniques farfelues.

Un jour débarque Rastaquoueros (Bruno Podalydès lui-même), un montreur de marionnettes itinérant. Œil de velours et charme méphistophélique, le saltimbanque sait parler aux dames. Mme la marquise se pâme d’aise. Elle lui prête des sommes d’argent qui hâtent la ruine de la maisonnée et condamnent Loulotte au pensionnat. Pour Bécassine, l’heure est venue de contre-attaquer avec son parapluie rouge.

Air de clarinette

Avec Bécassine!, Bruno Podalydès nous invente des souvenirs d’enfance. Un spectacle de guignol. Une virée en automobile. Un soir d’été au jardin. Un lâcher de montgolfières… Il imagine une scène où, pour rendre confiance aux créanciers, la marquise organise un grand bal en trompe-l’œil: ce sont des silhouettes de bois que l’on fait valser sur les parquets devant le regard ébaubi des villageois massés derrière les grilles. Une touche de mélancolie tempère la douceur du récit, un parfum de mort se mêle aux fragrances légères: le temps passe tandis que le lustre de cristal perd ses pampilles comme un arbre bleu ses feuilles…

Marie Quillouch (Vimala Pons), la cousine de Bécassine, une teigne, aurait pu avoir un rôle plus consistant. Mal-aimée, elle se mange une torgnole de son père à chaque plan. A la fin, tandis que son vieux gueule encore qu’il est plus facile de «jouer n’importe quoi que de travailler», Marie sort des rangs de la fanfare et va jouer de la clarinette seule sous un arbre. Elle se rachète par la musique et démontre l’humanisme tendre de Bruno Podalydès, qui aime tous ses personnages et rend à Bécassine sa dignité. Elle n’est pas la cousine d’une sotte chanteuse, mais notre sœur universelle.

Le générique de fin offre un exquis bonus: Loulotte taille la route au volant d’une petite voiture jaune. Tête baissée, la fillette pédale vers de grandes aventures et de nouveaux matins clairs.


Bécassine! de et avec Bruno Podalydès (France, 2018), avec Emeline Bayart, Karin Viard, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Josiane Balasko, Isabelle Candelier, Jean-Noël Brouté, Vimala Pons, 1h31.

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