C'est l'histoire d'une jeune fille d'origine étrangère humiliée par un groupe de bourgeois désinvoltes et condescendants. C'est aussi devenu l'histoire d'un petit film belge, coproduit par la Suisse, mais snobé par nos salles, qui n'ont plus de place pour ce type de films «fragiles». A nos yeux, Belhorizon vaut pourtant largement les Vitus, Das Fräulein, La Traductrice ou Mon frère se marie récemment salués comme preuves d'un renouveau du cinéma suisse. On y trouve même une ambition formelle et une cohérence interne plutôt supérieures. En vain?

Rendez-vous à Belhorizon

Le conte est cruel. Il y est question de six amis de 30-40 ans, en quête d'un hôtel à racheter. Une petite annonce les guide par erreur sur une grande bâtisse isolée dans les bois, qui s'avère n'être qu'une modeste pension tenue par une famille espagnole. Arrivé le premier, Carl ne parvient pas à avertir les autres, décide d'attendre après avoir appris que sa fortune familiale est menacée, et tombe sous le charme de la fille de la maison, Esmeralda. Lorsque les autres débarquent et se comportent aussitôt en maîtres des lieux, tout se complique, jusqu'à un retour de bâton inattendu.

On devine tôt qu'il sera ici question de rapports de classe, plutôt tendus. Mais jamais Belhorizon ne donne dans la caricature facile ou le militantisme frontal. Sa manière est plus allusive et poétique, quelque part entre le «réalisme magique» d'André Delvaux et l'ironie surréaliste façon Buñuel. Quoi de plus naturel, venant d'une jeune cinéaste hispano-belge? A 38 ans, cette namuroise a réalisé là un premier long-métrage très assuré, où chaque détail - chien écrasé, montre cher payée, voiture prêtée ou bébé encombrant - cache du sens.

Un certain charme discret

Malgré sa dimension chorale, le récit se joue avant tout sur les personnages de Carl, le nanti mélancolique qui vacille, et Esmé, la fille mère aux ailes trop tôt rognées. Lequel des deux rêve la grande scène onirique d'un inquiétant avenir commun? Impossible de l'affirmer avec certitude, et c'est tant mieux.

Elliptique, monté avec maestria par Yann Dedet, le film séduit et intrigue, tandis que son décor (trouvé au Luxembourg) et ses acteurs captivent déjà l'œil, Emmanuel Salinger (La Sentinelle d'Arnaud Desplechin) et la jeune Ilona Del Marle en tête. On sort de là l'esprit plein de questions à démêler, avec le sentiment que ce film guetté par l'inaction et l'ennui était finalement trop court. La politesse des exclus, sans doute.

Belhorizon, d'Inès Rabadán (Belgique/Suisse/France/Luxembourg, 2005) avec Emmanuel Salinger, Ilona Del Marle, Nathalie Richard, Bruno Putzulu, Claude Perron, Saskia Mulder, Carlo Brandt. 1h20. http://www.belhorizon.org/