L'église de Verbier est plus que jamais bondée. Pas le moindre coin de banc délaissé pour entendre Joshua Bell et Jean-Yves Thibaudet. C'est que les deux associés ont un bon argument: la Sonate pour violon et piano de César Franck, pièce fédératrice et toujours bienvenue. Mélange de langueurs proustiennes et d'éclats de cordes, la Sonate attend des mains raffinées. Joshua Bell et Thibaudet en ont tous les deux.

Ils commencent lentement, comme l'exige la partition. On devine, dans leur jeu très articulé, l'envie légitime d'expliciter, mais aussi la crainte d'être insuffisamment compris. Si la clarté est méritoire, elle enlève à Franck ses parts d'hésitation et de bavardage discret, qui font le charme du dialogue. On les trouve enfin dans le recitativo, où Joshua Bell ose la langueur. Ailleurs, les deux musiciens quittent difficilement le langage appuyé: quand tout est souligné, difficile de discerner les profondeurs de champs. Joshua Bell semble plus à l'aise dans Tchaïkovski («Méditation en ré mineur» extraite des Souvenirs d'un lieu cher). Son lyrisme clair allège même les traits épais du texte. Le Divertimento de Stravinski révèle les mêmes ambivalences chez les deux interprètes: propreté parfois éclatante, parfois trop lisse. Dans ce Stravinski presque ravélien, Bell finit par se lâcher: dans les «Danses suisses», d'abord, puis dans le «Pas-de-deux» final, où la virtuosité se teinte de furie contenue. Ne manque qu'un petit plus pour marquer définitivement les esprits.