En un week-end, le public a déjà pu vivre son lot d’émotions au Verbier Festival. La 23e édition réunit des stars comme des jeunes talents, y compris le Verbier Festival Junior Orchestra, formé de musiciens âgés entre 15 et 18 ans. Il fallait les voir samedi après-midi, sous la grande tente de concerts, se mesurer au Prélude et à la Mort d’Isolde de Wagner ainsi qu’aux Rückert-Lieder de Mahler. Le chef Daniel Harding est parvenu à tirer le meilleur de ces apprentis musiciens d’orchestre (malgré quelques scories, bien sûr), sans parler des «pianissimi» très éloquents du baryton Stephan Genz dans Mahler.

Violon de tempérament, mais un peu imprécis

Bien sûr, il a plu par moments sous la tente de concerts, comme toujours dans ce festival en montagne, mais le pire a été évité. S’il est une artiste qui a fait parler d’elle, c’est bien Kyung Wha Chung. La violoniste sud-coréenne, 68 ans, ne manque pas de tempérament! Vêtue d’une robe orangée très originale, souriant aux personnes assises dans les premiers rangs, mais lâchant aussi des mimiques plus inquiètes, comme en proie à la nervosité, elle a empoigné le Concerto de Brahms sous la conduite de Charles Dutoit avec beaucoup d’énergie.

Hélas, son jeu n’est pas aussi immaculé qu’il y a 20, 30 ou 40 ans. On relève des écarts de justesse, des traits imprécis rythmiquement, des décalages avec l’orchestre. Si son violon libère de très beaux aigus, la sonorité se durcit par moments, un peu acide. Au moins, elle ne verse pas dans la tiédeur, ayant son idée de l’œuvre, mais l’on reste sur sa faim (même si une partie du public l’a adorée). L’accompagnement orchestral (manquant de nerf, avec quelques flottements à l’harmonie) ne l’aide pas à se hisser aux cimes brahmsiennes.

On a senti Charles Dutoit et le Verbier Festival Orchestra plus à leur affaire dans la Symphonie fantastique de Berlioz. L’enchaînement des épisodes, les cordes soyeuses et frémissantes («Un bal»), le discours très unifié dans la «Scène aux champs» et une vision assez spectaculaire des deux derniers mouvements rendent justice à l’œuvre.

Des phrasés inspirés 
des instruments d’époque

Vendredi soir, c’était au tour de Gábor Takács-Nagy (toujours aussi vif!) de diriger le Verbier Festival Chamber Orchestra dans Mozart. Le meilleur était dans la Symphonie «Jupiter», pleine de couleurs, de contrastes, avec des phrasés inspirés des instruments d’époque. La Grande Messe en ut mineur avait fière allure, plus hiératique dans l’approche, mais l’effectif choral a paru un peu vaste pour cette œuvre. On imaginerait les choristes des MasterVoices plus à l’aise dans le Requiem de Verdi, d’où des passages un peu embrouillés dans les épisodes fugués, mais leur ferveur et un bon plateau de solistes (la soprano Emöke Barath gracieuse, cristalline, la mezzo-soprano Ann Hallenberg à la voix plus grande, un peu tendue dans l’aigu) ont fait vive impression.

Kyung Wha Chung a aussi donné un récital dimanche matin, à l’Eglise, et là, elle s’y est montrée beaucoup plus stable techniquement. Son vibrato très particulier, un peu à l’ancienne, cette fougue de panthère dans la Sonate No1 de Prokofiev et un lyrisme généreux dans la Sonate de Franck ont conquis l’auditoire. Elle forme un duo très soudé avec l’excellent pianiste Kevin Kenner. Autre étincelle d’émotion: le jeune violoniste américain Benjamin Beilman a donné un très beau récital avec Alessio Bax samedi matin. Sa sensibilité, son éloquence, la belle tenue de l’archet, l’expressivité (superbes Sonate de Ravel et Fantaisie en ut majeur D 934 de Schubert) laissent apparaître un grand talent.