Spectacles

Les belles fugues du festival de La Bâtie

Quelque 52 spectacles électriseront la rentrée genevoise. Les beaux noms foisonnent. Nos conseils personnalisés

Des trails pour coureurs du soir. Des lévitations pour apprentis moniales et moines. De beaux noms surtout, une quarantaine qui sont des satellites à arraisonner, dès le 29 août à Genève, à habiter aussi le temps d’une nuit blanche, jusqu’au 15 septembre.

Une chambre noire, celle du photographe. Mardi, Claude Ratzé et son équipe avaient transformé le septième étage du Théâtre Saint-Gervais en laboratoire. Le directeur de La Bâtie-Festival de Genève y a dévoilé son casting. Tout fait envie ou presque. Alors comment se frayer un chemin dans cette programmation foisonnante qui essaime aussi bien au Grand Théâtre qu’à la Comédie, à la HEAD qu’au Grütli? On tente cette nomenclature.

A. Vous êtes éthéré, juste ce qu’il faut, le ciel vous attire, mais la légende vous enracine. Vous ne manquerez pas Einstein on the Beach, cet opéra de Philip Glass, porté par un livret de Bob Wilson qui, en 1976, en offrait une version théâtrale mémorable. Au Grand Théâtre, c’est Daniele Finzi Pasca, le grand ordonnateur de la Fête des Vignerons, qui tracera sa voie au milieu des songes.

Se hisser à hauteur de nuages, pour voir qui s’y cache. C’est ce que proposent le formidable François Chaignaud, archange des scènes, et la harpiste Marie-Pierre Brébant. Ils sont hantés par les chants de Hildegard von Bingen, cette abbesse du XIIe qui croyait au pouvoir de la musique. Ils vous transporteront, au Cube, au cœur de la HEAD, avec leur Symphonia Harmoniæ Cælestium Revelationum.

On peut être aérien et rock à la fois. A l’enseigne de Pilot on Mars, les musiciens genevois Pascal Gravat, danseur rauque passé au chant, Bastien Dechaume et Joe Baamil transformeront le Théâtre Pitoëff en grande route à la mode de la Beat Generation. Avec ce luxe: ils ont convié le New-Yorkais Rhys Chatham, héraut du minimalisme, à ouvrir les feux.

Le ciel encore, pourvu qu’il tombe. L’acrobate Yohann Bourgeois a des semelles de vent. Ses nuits feulent, sa scène tangue, son Minuit devrait ravir les foules au Forum Meyrin.

B. Vous pensez que les identités sont meurtrières, mais vous ne vous résolvez pas au nihilisme de comptoir. A La Cuisine du Théâtre de Carouge, Tous des oiseaux, cette saga en hébreu, allemand, français et arabe, est pour vous. L’auteur et metteur en scène Wajdi Mouawad est un maître du renversement de perspectives.

Cisco Aznar a l’amour des divas fanées. Le chorégraphe d’origine catalane les convie sur ses tréteaux dans Dolores Circus, au Théâtre du Loup. L’actrice Anna Lemonaki, elle, sonne le tocsin les soirs de débandade: au Grütli, ses Bleu et Fuchsia saignant devraient toucher les cœurs.

C. Vous estimez qu’un festival est une fugue, un égarement programmé. Vous suivrez alors les danseurs de Cindy Van Acker qui scanderont, en cinq actes et autant de stations, le chemin qui va de la Salle des Eaux-Vives au futur Pavillon de la danse – fief de l’Association pour la danse contemporaine.

Vous courrez aussi à la rencontre des héros de Marcel Pagnol et de sa trilogie Marius, Fanny et César revivifiée par une troupe belge, au bord du lac de Machilly. Loin des planches, tout près du micro, vous irez encore écouter Robert Cantarella (une référence du théâtre francophone) et Romain Daroles libérer la parole radiophonique de Paul Léautaud, écrivain jusqu’à la moelle. Neuf heures de tête-à-queue littéraire.

Un fantasme animiste en point d’orgue? Le collectif danois hello!earth transforme le spectateur en brin d’herbe dans Life in the Universe. Cela se passera à la Salle du Lignon d’abord, dans les prés ensuite. On y danse, on y danse… Morale: tout est permis quand on est dans le vent.


Renseignements sur le site du festival.

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