Vendredi, aula de l'Université, 20 h 30: Markus Hinterhäuser entre en scène. Après quelques mots d'introduction, le pianiste autrichien se lance à corps perdu dans l'une des œuvres les plus vertigineuses du répertoire contemporain: les six sonates pour piano seul de Galina Ustvolskaya. S'emparant du clavier comme d'un exutoire, l'interprète sonde les abysses de cette musique aux nuances extrêmes, restituant l'exigeante beauté d'une partition rare. A peine remis de ses émotions, le public est alors prié de se rendre dans l'enceinte fortifiée du Belluard pour le second spectacle de la soirée. Là, les Polonais de l'Academia Ruchu présentent leur «théâtre du comportement»: entre mime, danse et théâtre d'objets, un spectacle à la fois poétique et décapant sur les automatismes et les stéréotypes qui caractérisent notre comportement en société.

Deux regards, deux approches diamétralement opposées, mais caractérisées par un même esprit d'aventure: la soirée de vendredi dernier résume à merveille la raison d'être du plus éclectique des festivals romands. Car le Belluard Bollwerk International, dont l'édition 1999 s'est achevée ce week-end, est avant tout un fantastique réseau d'échanges entre «nomades urbains», selon le mot de Klaus Hersche, directeur de la manifestation. Peu enclin à confiner l'art dans des catégories réductrices, Klaus Hersche se déclare extrêmement satisfait de la programmation de cette édition, et renchérit: «A l'avenir, nous désirons encore intensifier les échanges entre les artistes et le public, en multipliant les ateliers, par exemple, ou en organisant systématiquement des débats autour des spectacles.»

Une manière comme une autre de tordre le cou à quelques idées reçues, comme celle qui voudrait que l'art contemporain soit élitiste, ennuyeux ou inabordable. Depuis seize ans, le Festival du Belluard s'emploie à démontrer le contraire. Avec succès.