On a beau l'avoir lu et relu dans le programme, quand on arrive au Festival du Belluard, la scène paraît digne d'un rêve. Là, entre la rangée de jeunes arbres et les vieilles pierres du fort médiéval, une carlingue d'avion remplit l'espace. Pas un petit biplace échoué depuis un aérodrome voisin. Rien moins qu'un DC-9! C'est tellement incroyable qu'on ne réalise pas tout de suite que l'avion n'a pas d'ailes.

Ce Nave cultural est venu d'Espagne par les petites routes. Un voyage tout en poésie qui fait encore briller les yeux de Pablo Alvarez de Lara, un des deux jeunes architectes qui a redessiné l'avion. Avec Héctor Crehuet Garayzábal, ils l'ont découvert en travaillant avec Eduardo Cajal pour la grande foire d'art espagnol Arco, en 2004. Le sculpteur et sa femme, Mercedes Lienas, avaient eu un véritable coup de foudre pour cette épave d'un mauvais atterrissage en 1992. Le couple l'avait récupéré, mais ses rêves de recyclage culturel étaient restés sans lendemain.

Mais, à quatre utopistes, on peut construire une réalité. Deux jours avant l'ouverture d'Arco 05, son premier rendez-vous, l'avion était prêt pour sa nouvelle vie. «Nous avons fait de l'archéologie industrielle», résume Pablo. C'est-à-dire que l'avion a été débarrassé de tout son aménagement pour ne laisser que l'essentiel, le fuselage de métal. La carlingue a été décapée, laissant apparaître le métal dans toute sa pureté. Un plancher de verre a été installé afin qu'à l'intérieur on prenne conscience de la rotondité.

Pour permettre son itinérance, tracté par un semi-remorque, il a été raccourci de 36 à 24 mètres de long. Car si c'est la première fois que le Nave cultural sort d'Espagne, il a déjà parcouru quelques kilomètres dans la péninsule! «Nous ne le louons pas, nous préférons choisir des projets auxquels nous avons envie de collaborer», précise Pablo. Ainsi, l'Avión a accueilli spectacles de danse, performances, vidéos, concerts... Et il vient de participer, à Barcelone, à des semaines organisées par des petits commerçants soucieux de rappeler leur importance dans le tissu social.

A Fribourg, l'avion n'est pas simplement là comme un décor sympathique. Toute la communication du festival est judicieusement pensée autour de lui (affiche, prix low cost...). Et surtout, plusieurs propositions artistiques ont été conçues spécifiquement. 20000 lieues sous les mers est une perfomance de trois dessinateurs de Fribourg qui veulent transformer la carlingue en sous-marin (di 2 juillet à 18h30 et 20h). Pour Excavion, la Bruxelloise Marijs Boulogne, comme les architectes ont dépecé le DC-9, autopsie une poupée... (ma 4 à 19h30). Et Transmutation Device de la compagnie flamande Abattoir fermé, est un conte à la Cronemberg sur les incidences de la technologie sur le désir...

Festival du Belluard à Fribourg jusqu'au 8 juillet. Rens. 026/321 24 20 et http://www.belluard.ch