Au bord d'une piscine, un homme se prélasse. Lunettes noires, gourmette et montre en or, torse velu, ventre bedonnant. D'une paresse absolue, il se fait servir au doigt et à l'œil. Et lorsqu'il daigne bouger sa masse, ce n'est que pour mieux dévoiler un testicule rebelle. Arrêt sur image. Le titre du film s'inscrit sur cette vision. Une minute plus tard, un énorme bloc de pierre se détache d'une butte, roule vers le protagoniste, passe juste au-dessus de sa tête avant de s'écraser dans la piscine. Avec un tel prologue, surréaliste à souhait, Sexy Beast s'annonçait comme une satire réjouissante du machisme et de la «beauferie» dans toute leur splendeur. La suite, plus proche de la lutte acharnée d'un homme contre son passé, s'avère moins étonnante, oscillant entre le film de gangsters, la comédie noire, la love story et le drame psychologique.

Issu de l'imaginaire de deux scénaristes farfelus (Louis Mellis et David Scinto), Sexy Beast dresse le portrait de Gary Dove (Ray Winstone), un gangster anglais coulant une paisible retraite sur la Costa del Sol. En compagnie de sa femme, DeeDee, et d'un couple d'amis, il profite de son temps libre et ne parle jamais de son activité passée. Mais le jour où l'un de ses anciens collègues (Ben Kingsley) vient le visiter afin de le convaincre de rempiler pour un casse à Londres, Gary voit sa tranquillité ébranlée. Et devant le caractère violent de cet intrus gênant, sa résistance est mise à rude épreuve.

Premier long métrage de Jonathan Glazer, réalisateur anglais venu du clip et de la pub, Sexy Beast affirme de manière ostentatoire son originalité apparente et son ton décalé. Jouant avec le mélange des genres, le film n'arrive pourtant pas à trouver l'harmonie nécessaire à cet exercice périlleux. L'histoire d'amour entre Gary et DeeDee souffre en effet d'une discrétion malvenue du personnage féminin. Les gangsters sont trop monolithiques pour permettre une relecture du genre. Des séquences oniriques tombent comme un cheveu sur la soupe. Et l'humour noir initial se dilue dans l'ensemble du film. Reste le plaisir d'assister à un duel d'acteurs inspirés, entre l'excellent Ray Winstone et un Ben Kingsley plus détestable que jamais, source de quelques scènes relevées tout à fait réussies.

«Sexy Beast», de Jonathan Glazer (GB 2002), avec Ray Winstone, Ben Kingsley, Amanda Redman, James Fox.