Il est arrivé avec son costume et sa chemise noire, le visage bouffi et la crinière tirée en arrière. Avec l’air de celui qui ne se sent pas vraiment concerné par la grande messe. Benjamin Biolay est reparti avec deux couronnes sur les trois qu’il ambitionnait et cela, on l’imagine sans peine, ne fera qu’accroître la détestation que lui réserve une partie de la jet-set parisienne.

Le Lyonnais est le grand gagnant des Victoires de la musique, dont la cérémonie s’est déroulée samedi soir au Zénith de Paris. Avec La Superbe, le dandy empoche les titres les plus convoités, soit ceux d’Artiste interprète masculin et d’Album de l’année. C’est le triomphe d’une certaine noirceur, narcissique et soignée, déclinée sur un double CD dont on ne compte pas les orchestrations grandiloquentes et les envolées parfois larmoyantes. La Superbe est un grand album, oui, et il mérite sans doute ces titres, mais il s’est imposé dans un paysage quelque peu indigent, sans éclat ni invention.

Gainsbourg, bredouille

Cela ne surprendra pas grand monde, alors, que l’autre vainqueur soit Olivia Ruiz pour son Miss Météores (Artiste interprète féminine de l’année et Vidéo-clip de l’année). Son univers de cirque, plutôt rafraîchissant, où croisent le rock et le folk, la chanson et le blues, est de ceux qui fédèrent et qui ne dérangent personne. La fille de Carcassonne aura ainsi privé de lauriers l’autre grande favorite, Charlotte Gainsbourg, qui part bredouille.

Il aura fallu quatre heures de célébrations pour cerner les gagnants et les perdants. Pour décerner des titres qui citent les pères tutélaires ( Alain Bashung à l’Olympia meilleur DVD-live, Tour 66 de Johnny Hallyday Tournée de l’année) et qui font dans un sensationnel modéré avec Izia, fille de Higelin pour l’Album rock et la Révélation scène, Birdy Nam Nam pour l’Enregistrement de musiques électroniques et Cœur de Pirate pour la Chanson originale.