Ce recueil de poèmes et de proses poétiques s'inscrit dans la suite du Passage du sableur (SC du 10 septembre 2001). Benoît Damon y manifeste le même désir d'effacement, avec un constant souci de la précision pourtant. Peut-être le Grain de pavot sous la langue lui permettra-t-il de se dissoudre dans l'espace. Contre la mélancolie, qui toujours guette, il préfère cependant les graines du tournesol. Parfois, les bribes d'histoires qui flottent dans les pages renvoient à des voyages lointains, en Amérique latine surtout. Parfois, leur étrangeté elliptique suggère des drames qui se déroulent hors champ. Le monde est plein de menaces: aux frontières, on ignore le mot de passe. Le «roulis» berce le poète, que le pavot emporte le long des «longs chemins de poussière». Il se love dans «la coque de la nuit» et finit par «jeter l'indispensable par-dessus bord». Sans doute la clef en est-elle enfermée dans «une bouteille à la mer». Le voyage élime, allège. Ce n'est pas par hasard qu'une des proses est dédiée à Robert Walser: «Les poètes sont des êtres transparents»; à l'instar des anges, leur état naturel est l'invisibilité.