Décès

Benoîte Groult, grande voix du féminisme, n’est plus

L’auteure d'«Ainsi-soit-elle» et de «La Touche étoile» est décédée aujourd’hui dans le Var, à l’âge de 96 ans. C’est sur le tard qu’elle s’est engagée dans la lutte pour les femmes, avec un succès qui ne s’est jamais démenti

Benoîte Groult est décédée mardi à Hyères dans le sud de la France où elle résidait. Grande voix du féminisme, journaliste et romancière, elle était âgée de 96 ans. Elle a commencé à écrire en tandem avec sa sœur cadette Flora. Journal à quatre mains paraît en 1962 et est le journal effectivement tenu par les deux sœurs pendant la Deuxième Guerre mondiale, depuis l’appartement familial à Paris. Dix ans plus tard, elles signent Le Féminin pluriel, un roman sur la jalousie au cœur de la révolution sexuelle et de l’amour libre; puis Il était deux fois, sur deux mères de famille amies qui tiennent la chronique croisée de leur vie dans ces années 1970 où l'écart entre les générations commence à se creuser.

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Cri de vie

C’est en 1977 qu’elle prend seule la plume pour lancer un cri, «ni de haine ni de colère mais de vie» avec Ainsi soit-elle qui lancera sa notoriété internationale en tant que féministe. Laissons-lui la parole: «Il faut que les femmes crient aujourd’hui. Et que les autres femmes – et les hommes – aient envie d’entendre ce cri. Qui n’est pas un cri de haine, à peine un cri de colère, car alors il devrait se retourner contre elles-mêmes. Mais un cri de vie. Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes, d’avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes et les critères des hommes. Et ce n’est pas en continuant à écouter ce qu’ils disent, eux, en notre nom ou pour notre bien, que nous pourrons guérir.»

Rapprocher mères et filles

Si Ainsi soit-elle frappe si fort, c’est aussi qu’il est écrit par une femme qui est née en 1920 et qui avait 48 ans en 1968. Elle parle donc, au travers de ce livre, aux mères des étudiantes qui réclament, le poing levé, les droits politiques et civiques dans les rues et les travées des universités. Son regard, son ton, la force de ces propos vont permettre de rapprocher mères et filles. Avec Ménie Grégoire, elle est l’une de ces figures qui vont faire entrer la lutte des femmes dans le quotidien des Français.

De 1984 à 1986, elle préside la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions, créée par Yvette Roudy, ministre des Droits des femmes. Dans les années 1990, elle écrit notamment une biographie de Pauline Roland (1805-1852), grande militante socialiste et féministe à qui Victor Hugo a dédié un poème dans Les Châtiments: «Elle ne connaissait ni l’orgueil ni la haine/Elle aimait; elle était pauvre, simple et sereine…»

Art de vieillir

Après un silence de presque dix ans paraît en 2007 La Touche étoile, roman à trois voix de femmes, trois générations, qui évoque l’art de vieillir, le droit à mourir quand on le souhaite, et dénonce l’indifférence de la société actuelle à l’égard des anciens. Le livre rencontre un immense succès. Dans une interview au Temps, en 2010, elle expliquait: «Même si j’ai la chance de pouvoir être encore très active, de pouvoir continuer à faire ce que j’aime, il m’arrive de me sentir transparente. Ou indésirable. Depuis l’âge de 80 ans environ, il y a des endroits où je ne vais plus. Ma grand-mère portait de grandes robes noires. J’appartiens à une génération qui a l’audace de vouloir paraître jeune. Mais la masse de ceux qui ont la vie devant eux ne m’entend pas, ne me voit pas.»

Suite à ce succès, son éditeur Grasset réédite deux de ses livres, son autobiographie, Mon Evasion, et Le Féminisme au masculin, un hommage aux hommes qui, au cours de l’histoire, se sont engagés pour l’égalité entre les sexes, comme Condorcet ou Fourrier.

A Hyères, dans le Var, Benoîte Groult s’est éteinte dans son sommeil, comme elle le souhaitait.

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