Spectacle

Au berceau, Marie-Thérèse Porchet fait des ravages

Vingt ans après sa création, Joseph Gorgoni reprend «La Truie est en moi», spectacle qui a vu naître sa diablesse de créature. A Genève, le public ovationne debout cette saga crissante

Les dames de cœur, il faut les prendre au berceau. Marie-Thérèse Porchet retrouve ces jours l’écrin originel, ce Casino-Théâtre à Genève où elle a pris son élan pour la première fois, mise en pli et tailleur glorieux, il y a vingt et un ans. Marie-Thérèse alias Joseph Gorgoni déballait tout ou presque, son chérubin de Cri-Cri qui lâchait une Isabelle pour un Quentin, son chien Bijou flatulent allegro ma non troppo, ses démêlés avec Madame Lopez la voisine, ses contre-ut de Sylvie Vartan du dimanche.

L’exorcisme s’appelait «La Truie est en moi». L’artiste le reprend pour une nouvelle tournée, toujours guidé par Pierre Naftule. Et les ouailles de la sainte endiablée se dressent comme un seul homme, debout le soir de la première, des trémolos dans les pupilles. Dans sa robe d’apothéose, Joseph Gorgoni a rosi jusqu’aux larmes. Et pourtant, il en a vécu, des soirées de gala.

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Le vestiaire de la mythologie à venir

Pourquoi cette «Truie est en moi» fouette-t-elle si bien? Il y a d’abord ce plaisir régressif mais irrésistible de revenir à la source, quand Marie-Thérèse n’était pas encore un totem, quand elle ne se doutait pas qu’elle jouerait ce spectacle-là près de 550 fois – dont 350 à Paris. Cette pièce est le vestiaire de la mythologie à venir. Il y a surtout cette joie du jeu électrisante, ce qu’on peut aussi appeler la grâce du métier, celle qu’éprouvait par exemple l’immense Ferruccio Soleri, interprète pendant quarante ans d’Arlequin, sous les ordres du maestro Giorgio Strehler.

La muse du Tupperware

Alors certes, l’ancien danseur Joseph Gorgoni s’est affranchi – un peu – de sa matrone héroïque, avouant même d’autres amours dans «De A à Zouc», en 2014. Mais c’était pour mieux embrasser Marie-Thérèse, avec ce mélange de candeur et de rouerie, de sans-gêne et d’œillades qui fait les interprétations mémorables. Marie-Thérèse n’a pas de limites: elle minaude devant le pizzaiolo du dimanche, donne un tempo façon Broadway à une chorale de marmots, fait de la retape en muse du Tupperware, s’emberlificote devant son Cri-Cri qui conserve dans son portefeuille une photo de son amant en tenue d’Adam.

Avec ses aigus qui frisent, l’impétueuse dit tout haut ce qui se trame tout bas dans les consciences chagrines. «La Truie est en moi» est une catharsis comico-crissante, réglée à la virgule surréaliste près par Pierre Naftule. Au coin de la farce, quand vient l’heure des tendresses, Marie-Thérèse papillonne en tenue de grande «queen» hollywoodienne, trémoussant des ailes, mais oui. Mary Poppins, dites-vous? Maya l’abeille? Peu importe. Au berceau, Marie-Thérèse est une fée.


«La Truie est en moi», Genève, Casino-Théâtre, jusqu’au 7 avril, puis du 3 au 14 mai; tournée romande, renseignements sur le site de l'acteur.

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