Construction

Au berceau, la Nouvelle Comédie triomphe déjà

Personnalités politiques genevoises, artistes et professionnels de la scène ont assisté à la pose de la première pierre du futur théâtre. Chronique d’une cérémonie mémorable

Cette cérémonie, on ne l’oubliera pas et on se la racontera plus tard. La tente exsude et la foule se presse. Des vedettes de la scène politique genevoise, des artistes, des jeunes comédiens qui sentent que l’histoire se joue là, qu’elle leur appartiendra bientôt.

Si bermudas du dimanche, cravates et robes voltigeuses flibustent ainsi mercredi à l’heure du déjeuner, c’est pour assister à une délivrance, à la pose de la première pierre de la Nouvelle Comédie de Genève, ce bâtiment tant espéré et rêvé depuis 1987. A cette époque, le metteur en scène Matthias Langhoff appelait, dans un fameux rapport, à transformer l’ancienne Comédie. Depuis le temps, on avait fini par croire que c’était une chimère genevoise. Dès l’automne 2020, ce sera une fierté.

Une volière de verre

Mais où donc? Sur le site de la gare des Eaux-Vives, à trente secondes au pas de course d’une des stations phares du CEVA – cette ligne qui ralliera Cornavin à Annemasse. A deux pas de vous justement, la terre s’ouvre, quadrilatère colossal guetté par une grue. C’est sur cette fosse que se dressera la Nouvelle Comédie, volière de verre où cohabiteront une salle de 500 sièges, une autre de 200, des ateliers, un bistrot et une librairie.

A l’heure des oraisons, les édiles y vont de leurs couplets. Le maire, Rémy Pagani, se souvient que le concours architectural a été lancé en 2009 et que 80 bureaux y ont participé. Il souligne encore que les lauréats, les Parisiens de FRES architectes, associés au scénographe Changement à vue, ont été choisis à l’unanimité du jury.

Chacun sa tirade. A la tête de l’instruction publique et de la Culture, la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta invoque l’esprit de Jean Vilar, cet intègre magnifique qui voulait que chaque spectacle soit une fête de l’intelligence. «Nous ne pouvions plus accueillir les grands spectacles européens. Pour ne pas être condamnée au provincialisme, Genève devait se doter d’une telle infrastructure…»

Le don de Natacha Koutchoumov

Et Sami Kanaan? Le ministre municipal de la Culture salue le combat des professionnels qui ont œuvré au sein de l’Association pour une Nouvelle Comédie, souligne que Genève est la ville de Suisse qui, en proportion, compte le plus de spectateurs de théâtre. Il amorce enfin la cérémonie: ce rite qui consiste à enfouir, avec la première pierre d’un chantier, des documents à l’intention de nos descendants.

Comme une tribu ancestrale, on s’agglutine alors autour de deux tubes métalliques. On y glisse des pièces à conviction – les plans de la maison, ça peut servir, Le Rapport Langhoff (Ed. Zoé)… La grue géante, elle, se saisit d’une grosse pierre «bénie par Shakespeare», lors d’une performance d’artistes. Elle promène son fardeau à bout de bras et le dépose au cœur du chantier.

Quant aux urnes cylindriques, elles seront coulées dans le béton, avec leurs trésors. Natacha Koutchoumov, la codirectrice de la Comédie – avec Denis Maillefer – y a déposé un exemplaire jaune de L’Oiseau vert, cette comédie de Carlo Gozzi que Benno Besson empoignait magistralement en 1982. Ce spectacle a décidé de sa vocation. Dans mille ans, qui sait, des archéologues découvriront ces vœux anciens. Il y a des midis où tout respire la gaieté et le mystère.

Publicité