Alors que Charlotte Rampling, présidente du jury de la 56e Berlinale, foulait jeudi soir le tapis rouge du Palais du festival, à Potsdamerplatz, le marché du film qui se tient parallèlement, European Film Market (EFM), connaissait déjà une affluence record. Depuis deux ans, il explose littéralement, avec cette année plus de 240 sociétés présentes, 645 films offerts et 900 projections. Aux commandes depuis 1988, la Bernoise Beki Probst se bat pour que ce succès commercial inespéré ne se traduise pas par une perte de qualité.

Le marché du film de Berlin profite en effet du changement de date du Marché du film américain (AFM), qui se tient désormais en novembre. «Il y a Berlin, puis Cannes en mai et Toronto seulement à la fin de l'année. Les distributeurs américains avaient donc besoin de nous pour remplir leur programmation pendant cette longue période», se réjouit la directrice de l'EFM. A l'étroit dans ses anciens locaux, le marché berlinois a dès lors investi le Martin-Gropius Bau, l'ancien Musée des arts décoratifs, qui accueille en temps normal les grandes expositions de la capitale et qui dispose d'une salle de projection de 200 places.

Beki Probst ne craint toutefois pas une baisse de la qualité, à laquelle cette passionnée de cinéma, ancienne organisatrice du festival genevois «Stars de demain» et toujours membre du comité de sélection du Festival de Locarno, tient plus que tout. «Ce qui fait notre originalité et notre force, souligne-t-elle, c'est qu'un tiers environ des films présentés au festival, dans toutes les sections, est également projeté aux professionnels du marché. Cette interdépendance nous assure une réputation de qualité. Cela permet aussi à des films qui passeraient inaperçus d'avoir une chance supplémentaire.»

Forte présence asiatique

Ce qui réjouit surtout les cinéphiles berlinois, ces jours, c'est le renouveau évident du cinéma allemand, malgré une situation toujours précaire et une nette domination des productions hollywoodiennes dans les salles. Les critiques allemands misent beaucoup sur Les Particules élémentaires d'Oskar Roehler, d'après le roman de Michel Houellebecq, une production de Bernd Eichinger, qui avait déjà financé Der Untergang - La Chute sur les derniers jours de Hitler. Tous les grands noms du cinéma allemand, de Moritz Bleibtreu à Franka Potente, y sont rassemblés. Quatre films dans la sélection officielle, 55 présentés dans l'ensemble des sections, derrière Sophie Scholl - Les derniers jours, sur le groupe de résistance antinazi, nomimé pour les Oscars, ce dynamisme doit beaucoup aussi aux efforts du nouveau directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick, pour promouvoir la production locale.

«Depuis le succès de Lola court, l'Ours d'or 2004 au film de Fatih Akin Gegen die Wand, il y a un nouvel intérêt commercial pour les films allemands, comme pour les films français, d'ailleurs, admet Beki Probst.

Mais le fil rouge de cette année, ce sera surtout la très forte présence asiatique.» Des films thaïlandais, comme Invisibles Waves, ou Offisde de l'Iranien Jafar Panahi devraient ainsi trouver une voie vers l'Europe.

Du côté de la Suisse, présente avec trois longs métrages, on retiendra surtout que, parmi les concurrents de Shootings Stars, dans la catégorie Meilleur interprète, l'ancien chanteur du groupe de rap Sens Unik Carlos Leal pourrait y obtenir un beau coup de pouce pour sa carrière.