Vienne, Los Angeles et Paris découvriront la rétrospective complète des œuvres existantes de Fritz Lang que la 51e Berlinale a présentées pendant dix jours. Mais c'est incontestablement à Berlin, ville avec laquelle le cinéaste entretenait un rapport d'amour-haine, que les films de Lang trouvent les plus émouvantes résonances. Les films, mais aussi une exposition et un livre* le rappellent. Hier à une heure du matin, les festivaliers, qui venaient d'assister à la projection d'une copie restaurée de Metropolis (1927), ne pouvaient qu'être frappés, en se retrouvant dans l'architecture futuriste de la nouvelle Potsdamerplatz, par l'actualité de ce film septuagénaire: la richesse de la ville nouvelle et l'intégration des technologies de pointe ont exclu la pauvreté pour l'enfouir dans un monde souterrain (les sous-sols du film; l'ex-Berlin-Est bien réelle, par exemple), véritable poudrière où les laissés-pour-compte peuvent se soulever, chez Lang comme dans la réalité.

Pages rouge sang

Fritz Lang à Berlin, c'est l'Allemagne qui s'impose sa propre autocritique. Quelle émotion, lorsque, lors de certaines projections comme celle du très acide Les Bourreaux meurent aussi (1943), il est possible de sentir, profondément, les frissons du public indigène face au miroir historique que lui tend Lang. Au centre de l'attention, évidemment, les pages rouge sang des années hitlériennes, dans une filmographie labourée par le thème de la culpabilité.

Il faut rappeler que Fritz Lang fut privé de sa nationalité allemande par le régime hitlérien, nationalité qu'il avait acquise, puisque né à Vienne de parents autrichiens en 1890, mais que l'Allemagne et surtout Berlin occupent, comme chez tous ceux qui s'y sont trouvés (de Billy Wilder à David Bowie), une place de choix dans sa carrière. Jeune homme fou de théâtre qui se voit peintre, Fritz Lang entre en cinéma à Berlin en 1918. Berlin qu'il fuit pour Paris, puis Hollywood en 1933, le jour où Hitler, par la voix de Goebbels, lui propose la direction du cinéma allemand. La veille, le Führer avait vu Metropolis. Lang avait pourtant signé de féroces films antinazis avant cette date: Hitler avait dû rater Le Testament du Docteur Mabuse.

Lang tenta de revenir en Allemagne à la fin des années 50, pour ses trois derniers films, mais le ressentiment à peine conscient, jusqu'au début des années 70, des Allemands à l'égard des émigrés antinazis se manifesta bientôt sur les murs du studio. Fritz Lang put y lire: «Yankee Go Home!»

*Fritz Lang, Ed. Joris, 512p.