Comment l'Ours d'or échapperait-il à Terrence Malick et à son extraordinaire film de guerre The Thin Red Line? Telle est la question qui pèse sur la compétition de la 49e édition du Festival du film de Berlin (10-21 février). En effet, le retour du fils prodigue – un cinéaste majeur resté silencieux durant vingt ans – ne se conçoit guère sans récompense. Dans la logique d'un grand festival, ce ne sont cependant pas moins de 25 films qui figurent en concours. Pour la Suisse, cet honneur est revenu à l'académique La guerre dans le Haut Pays de Francis Reusser. Comme quoi, tout n'y sera pas du même tonneau.

A Berlin plus qu'à Cannes et à Venise, l'intérêt tend à s'éparpiller à travers les sections, du Panorama au Forum du nouveau cinéma, en passant par la toujours superbe rétrospective – cette année une intégrale Otto Preminger (Laura, Exodus).

Ce soir, c'est le chancelier Gerhard Schröder en personne qui lancera les festivités. Au total, la Berlinale réunira plus de 300 productions du monde entier. Sa particularité: se vouloir largement accessible au public, avec des projections disséminées dans une dizaine de salles du centre-ville.

Question vedettes, le festival n'a rien à envier à ses grands rivaux et sait attirer les grosses pointures américaines du moment. Outre Shirley MacLaine, qui se voit attribuer un Ours d'or de carrière assorti d'une rétrospective, Nicolas Cage, Sean Penn, Bruce Willis, Nick Nolte et Sean Connery feront un passage. Côté dames, on verra Meryl Streep, Nastassja Kinski, Patricia Arquette et Gwyneth Paltrow. Conséquence: une large couverture médiatique, mais aussi le risque que quelques vraies perles passent totalement inaperçues.

Ces dernières années, Berlin a primé des films conciliant qualité et grand public, tels que Central do Brasil, Larry Flynt et Raison et sentiments. Une tendance que le jury présidé par l'actrice espagnole Angela Molina (Cet obscur objet du désir, En chair et en os) va chercher à perpétuer? Elle laisse en tout cas planer un léger doute quant aux critères de sélection du directeur de la manifestation, Moritz de Hadeln: la chance de trouver des œuvres radicales ou novatrices à Berlin paraît s'amenuiser.

On retrouve ainsi en concours d'anciens lauréats tels que Robert Altman avec Cookie's Fortune, Claude Chabrol avec Au cœur du mensonge (quarante ans après son Ours d'or pour Les cousins!) et Bertrand Tavernier avec Ça commence aujourd'hui. Le western de Stephen Frears The Hi-Lo Country, l'adaptation «impossible» du roman de Kurt Vonnegut Breakfast of Champions par Alan Rudolph et surtout eXistenZ, la nouvelle fable futuriste du Canadien David Cronenberg, paraissent des concurrents plus sérieux. A moins qu'un «outsider» tel que Le dernier chant de Mifune, alias Dogma 3, du Danois Søren Kragh-Jacobsen ou quelque asiatique ne vienne mettre tout le monde d'accord.

A noter encore la présence de la première coproduction américano-vietnamienne, Three Seasons de Tony Bui (avec Harvey Keitel) et le film allemand d'ouverture, Aimée & Jaguar, sur l'amour de deux femmes, dont une juive qui mourra à Auschwitz, durant la guerre. Comme quoi un bon Festival de Berlin ne saurait se passer de quelques débats historico-politiques.