Les «Berliner» sans chef successeur

Classique Le débat autour du futur directeur musical n’a pas abouti

Simon Rattle n’a toujours pas de successeur dès 2018 à l’Orchestre philharmonique de Berlin. Les 123 musiciens réunis lundi en conclave pour élire leur futur directeur musical ne sont pas tombés d’accord. Onze heures de discussions, un débat qu’on imagine animé: jamais les musiciens n’ont passé autant de temps à délibérer sans aboutir à un consensus. L’élection est reportée, possiblement à «début décembre», selon le journaliste Norman Lebrecht.

A Berlin, la procédure d’élection du nouveau directeur musical est unique. Le vote se fait indépendamment de toute contrainte extérieure. «C’est l’orchestre qui décide, soit 128 musiciens», comme le rappelait récemment Emmanuel Pahud, flûtiste solo à Berlin, à l’occasion d’une conférence au Club 44 de La Chaux-de-Fonds. Aucun candidat n’est officiellement déclaré, sauf qu’il s’agit obligatoirement d’un chef qui a dirigé l’orchestre ces dernières années. «65 voix qui s’unissent sur un nom suffiront à décider qui sera le successeur de Simon Rattle.» Or, cette majorité ne s’est pas dégagée lundi soir.

Il faut dire que le choix est périlleux. L’orchestre s’oriente vers un avenir radicalement différent selon qu’il élit une personnalité comme Christian Thielemann, 56 ans, ou un chef trentenaire comme Andris Nelsons ou Gustavo Dudamel, ou Yannick Nézet-Séguin (40 ans). Né à Berlin, se réclamant de l’héritage de Furtwängler et Karajan (anciens directeurs musicaux des «Berliner»), Thielemann sait comment faire sonner un orchestre. Il défend très bien Bruckner, Strauss et Wagner (somptueux Vaisseau fantôme à Bayreuth!). Il ferait sans doute du très bon travail – meilleur que Rattle – dans le répertoire germanique. Le souci, c’est que le son s’épaississe et devienne un peu compact et hypertrophié. L’autre danger, c’est qu’il ne soit pas suffisamment aventureux, et que le répertoire à large spectre qu’a ouvert Rattle ces dernières années se rétrécisse.

Menthe et chocolat noir

Le chef letton Andris Nelsons, 36 ans, est capable d’enflammer un orchestre. Il maîtrise les fresques ­romantiques, mais son concert d’ouverture l’été dernier, à Lucerne, en a irrité plus d’un en raison de gestes jugés exagérés et de fluctuations de tempo excessives. Gustavo Dudamel est très doué (il a d’ailleurs concentré sa gestuelle ces derniers temps), mais n’a peut-être pas encore toute l’expérience requise. Yannick Nézet-Séguin est plein de qualités, brillant, dynamique, capable de s’adapter à différents styles. Riccardo Chailly, Mariss Jansons sont aussi cités. Mais la plupart de ces chefs ont renouvelé leurs contrats dans d’autres grands orchestres…

Peut-être que le choix s’avère d’autant plus difficile que Simon Rattle ne fait pas l’unanimité. «Je ne suis pas toujours d’accord avec sa façon de diriger», a admis Emmanuel Pahud à La Chaux-de-Fonds. Question de goût, de style. Et de préciser sur un ton amusé: «Dans le cadre classique ou romantique d’une certaine culture centrale-européenne et germanique, l’exotisme anglo-saxon apporte parfois des couleurs inattendues, voire des saveurs inattendues, comme associer la menthe et le chocolat noir dans l’ After Eight