Bernard du Boucheron. Court Serpent. Gallimard, 134 p.

L'Académie française a décerné son Grand Prix à ce premier roman d'un énarque à la retraite: on comprend que les immortels aient été séduits par la langue classique, impeccable, de Bernard du Boucheron. On les félicite surtout d'avoir été sensibles à l'humour noir de cet ovni littéraire. Noir et froid, glacial, même: le récit nous parvient en effet d'une banquise que jusqu'aux ours et aux phoques désertent. L'abbé Montanus est appelé par ses supérieurs à une mission hasardeuse: ramener dans le droit chemin une petite communauté établie dans ces glaces depuis la nuit des temps. L'Eglise compte sur l'abbé pour regrouper le troupeau (et ses éventuelles richesses) dans son sein. Court Serpent est le nom du bateau construit pour résister aux glaces avec tout le savoir-faire de cette fin de XIVe siècle. La hiérarchie a visé juste: Montanus est un inquisiteur de la meilleure espèce. Son rapport est une merveille d'hypocrisie, de flagornerie et de cruauté, lui qui fait brûler doucement à la tourbe et à la graisse de phoque blasphémateurs, sodomites et impies. On ne mettra pas sa main au feu (divin) pour garantir l'historicité du récit, mais sa précision romanesque est réjouissante.