Bernard Clavel. Les Grands Malheurs. Albin Michel, 454 p.

«Je suis un vieil homme habité par la guerre», écrit Bernard Clavel dans l'avant-propos de son livre. La guerre, peut-on jamais l'oublier? Son écho résonne longtemps dans l'âme de ceux qui l'ont vécue. Elle y laisse des traces engendrant de nouveaux désirs de combats pour venger, effacer, purifier. C'est de cette rage tenace que parle le romancier jurassien dans ce nouveau roman. Avec son talent incomparable de conteur, il décrit la vie d'une famille de vignerons du Jura, travaillant une terre ingrate pour produire un vin jaune réputé. Le père Eugène Roissard est revenu de la Grande Guerre boitant, les poumons mangés par les gaz; c'est un homme amer. Son fils Xavier grandit en découvrant les beautés et les difficultés du quotidien, les luttes entre communistes et fascistes, l'invasion allemande. Le père est pétainiste, le fils met sa foi dans le général de Gaulle. Entre eux aussi, ce sera la guerre. Puis Eugène meurt. Xavier survit et reprend le travail de la vigne. C'est maintenant son cœur qui est rongé d'amertume, de regrets. Rythmé par le passage des saisons et les travaux de la terre, ce récit d'une force peu commune fait désirer que la paix devienne un jour une réalité pour tous les humains.