Bernard Frank

Rêveries

Le Dilettante, 160 p.

En presque un demi-siècle d'écriture, le sagace et désinvolte chroniqueur littéraire du Nouvel Observateur aura publié le gros roman Les Rats, transformé sa vie en feuilleton (Un Siècle débordé, Solde) et noirci ici et là dans la presse des milliers de pages de digressions insolentes et enjouées. Cela sans jamais cesser de cultiver une réputation de paresseux dont Sartre avait compris la raison d'être, en déclarant que Frank écrivait «pour ne pas travailler». Aujourd'hui, Le Dilettante (nom qui lui va comme un gant) réunit sous le titre de Rêveries sept chroniques parues dans la revue L'Egoïste et deux dans l'éphémère Journal littéraire. Frank y parle à son habitude de tout et de rien, de son cœur ou de ses dents, de sa famille, de la littérature et du style – grâce à quoi tout vrai écrivain donne une saveur incomparable à «ses défauts mijotés avec amour». A propos des éditeurs qui le courtisent, malgré ses réactions imprévisibles et la faiblesse de ses tirages, il déclare drôlement que, «sans les écrivains, l'édition serait enfin rentable». Ailleurs il invente une imaginaire nécrologie de Gorbatchev ou bien il transforme le destin d'Emma Bovary dont il éponge les dettes et évite le suicide. Bref, il s'amuse, et nous aussi.