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L’architecte Bernard Gachet est passionné par les pays du Moyen-Orient.
© Valérie Baeriswyl pour Le Temps

Livre

Bernard Gachet, l’architecte qui dessine

Le Lausannois parcourt le monde à la recherche de monuments historiques et architecturaux à dessiner. Il a publié chez Actes Sud «Regards dessinés sur le monde», un recueil rassemblant près de 200 de ses croquis de voyage

«Ce que je n’ai pas dessiné, je ne l’ai pas vu.» Cette simple maxime, sortie de l’esprit de Goethe, pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’architecte lausannois Bernard Gachet. Depuis 1976, ce passionné de voyage ne cesse de parcourir le monde à la recherche de monuments à croquer. «J’ai toujours aimé dessiner. Je trouve que c’est un formidable moyen d’apprentissage qui nous invite à observer attentivement ce qui nous entoure», remarque le sexagénaire.

Bien qu’il soit aujourd’hui retraité, Bernard Gachet n’en a pas pour autant fini avec son métier. Dans les bureaux de son agence, qu’il partage avec son associé Patrick Mestelan, ou dans les universités lausannoises, il dispense des cours d’architecture et d’urbanisme de l’Islam. Un enseignement qui l’incite, notamment, à explorer le Moyen-Orient afin d’enrichir ses connaissances, qu’il restitue ensuite à ses étudiants.

«Ce goût de la transmission, je dois le tenir de Jean-Marc Lamunière, mon tuteur et mentor. J’ai beaucoup appris de lui.» Auprès de ses élèves, Bernard Gachet insiste donc sur la conservation des ouvrages et la difficulté de certains pays à remplir cette mission. «Un monument doit être digne de durer, c’est en tout cas ce que signifie le terme», dit-il.

L’architecture, une histoire d’hommes

Carnet à dessin sous le bras, plume à la main et œil avisé, Bernard Gachet arpente ainsi les rues en quête d’une construction esthétique, atypique, d’un détail passant parfois inaperçu aux yeux des gens mais qui retient toute son attention. «Le dessinateur met en valeur ce qui n’a pas su être vu auparavant, explique-t-il sans prétention. Ce sont les objets qui nous appellent et non le contraire, comme s’ils nous demandaient de nous occuper d’eux.»

L’architecte travaille d’ailleurs in situ, préférant les éléments physiques à l’immatériel. Sur son carnet, il effectue de brefs relevés, représente des coupes très sommaires et y ajoute parfois après coup un plan du bâtiment. Occasionnellement, il insère une présence humaine, surtout pour signaler l’éminence d’un monument, comme devant cette entrée de demeure à Médinet-Habou, en Egypte. «J’ai toujours l’impression de caricaturer les femmes ou les hommes que je dessine, confie le sexagénaire. C’est très difficile de représenter un être humain.»

L'histoire derrière les lieux

Une certaine pudeur qui ne cesse de se manifester chez ce Genevois d’origine, notamment lorsqu’on lui demande de poser devant l’objectif, mais qui s’efface quelque peu face à la curiosité que suscite une architecture. «Je cherche à comprendre comment les gens vivaient à une époque donnée, à retrouver l’histoire derrière un monument.» En croquant ce qu’il a sous les yeux, Bernard Gachet pense toujours à ces hommes et ces femmes qui ont construit, investit et parfois transformé les lieux. Il tente alors de faire transparaître l’histoire que renferme un temple, une habitation.

Publié par Actes Sud, Regards dessinés sur le monde rassemble près de 200 croquis élaborés aux quatre coins du monde, dans des pays aux cultures et architectures différentes. Pourtant, tous sont liés. Regroupés en quatre thèmes, ces dessins en noir et blanc témoignent des destructions, des reconstructions, des reconversions et parfois même de la vie qui jaillit de ces bâtiments. «Ce sont des thématiques qui m’intéressent particulièrement, notamment celle de la reconversion que je trouve formidable. Prenons les arènes de Nîmes qui sont devenues des habitations avant d’être à nouveau réhabilitées en lieu culturel», admire Bernard Gachet.

L’immortalité du noir et blanc

Depuis 1976, date à laquelle le dessin d’architecture est devenu pour lui une discipline à part entière, le Lausannois amoncelle les carnets de dessin. Il dénombre actuellement près de 6500 planches noircies par sa plume. Et pour cause, lors de ses voyages, il réalise chaque jour quatre ou cinq croquis. Comme il aime à penser que «le dessin est l’éloge de l’aventure», il n’y a rien d’étonnant à trouver, parmi la quantité de livres occupant les étagères des bibliothèques de son appartement, un ouvrage consacré à Corto Maltese, le célèbre personnage d’Hugo Pratt. Car c’est bien dans la bande dessinée que Bernard Gachet trouve son inspiration. «Hergé et sa ligne claire, les aventures de Black et Mortimer en Egypte, ces éléments constituent une véritable influence.»

L’architecte emprunte également à la photographie certains de ses procédés. Celui des ciels noirs, notamment, met en avant le monument et son architecture, comme pour ce croquis de la mosquée des Omeyyades, à Damas, en Syrie. Si la couleur lui permet, de temps à autre, de créer des ambiances, Bernard Gachet lui préfère plus volontiers le noir et blanc. «Cela permet d’aller beaucoup plus vite, mais surtout d’ancrer le sujet dans une certaine intemporalité. De cette façon, il devient plus facile de comparer différents monuments, de faire des liens et bien entendu de comprendre ce qui se cache derrière telle ou telle architecture.» Car dans ce domaine, même si l’on possède une culture générale approfondie, «il y a toujours quelque chose à apprendre».


Bernard Gachet, «Regards dessinés sur le monde», Actes Sud/Tirage(s) Illimité(s), 208 p.

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