Exposition

Bernard Garo expose ses formats monumentaux à Lausanne

L’artiste vaudois propose à l’Espace Arlaud un accrochage à la mesure de son ambition picturale

Un premier constat, au sortir de l’exposition d’une centaine de grandes pièces de Bernard Garo à l’Espace Arlaud, à Lausanne: il s’agit de l’ouvrage, avec la connotation matérielle – voire matiériste – attachée à ce terme, d’un peintre avant tout. Une évidence? Le plasticien nyonnais livre pourtant un choix, mais un choix conséquent et diversifié quant aux disciplines abordées, de sa production des quinze dernières années.

Eléments sculpturaux, installations, performances même s’ajoutent aux toiles. Le tout est dédié à des régions modelées par des catastrophes naturelles, naturelles, mais parfois déclenchées par les activités humaines, aux quatre points cardinaux de l’Europe. Istanbul, où la coupole de la cathédrale Sainte-Sophie résiste depuis des siècles aux tremblements de terre, Alexandrie et ses pyramides, qui ici semblent se désagréger, perdre leur peau granitique, l’Islande et ses cratères où le gel le dispute au feu, Lisbonne enfin, ses montées et ses descentes vertigineuses, le souvenir du séisme de 1755, qui a durablement marqué les esprits.

Lumineux «bleu d’Orient»

Tenté par la démesure, l’artiste met sa faconde au service de sa peinture, lui qui prise le format monumental, «idéal par rapport à la thématique», et publie un livre conséquent sur son projet, aux éditions Till Schaap, avec des textes de Michel Thévoz, Nicole Kunz, Thierry Basset, Paulo David, notamment. Lui qui n’hésite pas à voyager et voyager encore dans les régions concernées, et à y prélever des terres et des roches qui lui serviront de pigments, et donneront, par exemple, ce «bleu d’Orient» presque lumineux, et ces ocres et ces bruns, ces noirs de bitume. Lui qui travaille à même le sol, à l’aide de truelles et de tamis, ainsi que le révèle la reconstitution d’une partie de son atelier.

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Lui qui, enfin, parvient à se montrer délicat, léger, lorsqu’il penche sa longue silhouette sur l’espace restreint de compositions au lavis et à l’aquarelle… Sur les quatre niveaux de l’Espace Arlaud, l’exposition conçue par Camille Avellan, avec la complicité de l’artiste lui-même, s’aide de supports qui permettent de montrer davantage de toiles et surtout de rythmer l’espace des salles. Faire face, résister, tel est la morale du projet mené par Garo, qui trouve un prolongement dans des pièces évoquant les désastres d’Alep ou de Palmyre, parce que la guerre, toujours, rivalise avec la grandeur des civilisations, et vient se greffer dramatiquement sur les catastrophes écologiques ou «naturelles». En guise de point d’orgue, une salle est réservée à la forme pyramidale du Cervin, icône de la Suisse pourtant garante de la sauvagerie irréductible des milieux naturels.


«Bernard Garo: Déflagration», Espace Arlaud, Lausanne, jusqu’au 26 mars.

www.musees.vd.ch/espace-arlaud

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