C’est la voix de Bernard Haller qui accueille l’interlocuteur sur le répondeur. Une voix claire et enjouée, un peu raillée, un peu mutine: «Merci de laisser un message, après le signal sonore». Ce matin, l’homme s’est tu. Il ne reste désormais que les enregistrements. Celui-là, anodin, quotidien, et les autres, ses nombreux albums de chansonnier.

Au bout du fil , son épouse Anne Haller décide de décrocher. Fatiguée, bouleversée, triste: «Bernard est mort ce matin à 9h30 à l’Hôpital de la Tour à Genève, dit-elle. Il souffrait d’ un problème pulmonaire, depuis un certain temps. Mais depuis peu, son état s’était sérieusement dégradé. Son dernier mot fut un mot d’amour. Nous avons vécu ensemble 51 années d’amour». Bernard Haller avait 75 ans.

Pour Anne Haller, deux figures principales ont marqué la carrière prolixe de son mari: Charlie Chaplin et Buster Keaton. Il les admirait, les adorait. «La première fois que Bernard est monté sur scène, il avait six ans. Il avait pris des cours de diction chez sa marraine, et avait récité «Le Corbeau et le Renard» dans son public, comme beaucoup d’enfants de son âge. Il a toujours voulu être comédien. Parce que vétérinaire, ça n’était pas possible».

Comédien et humoriste

Né le 5 décembre 1933, Bernard Haller, artiste pluridisciplinaire, a mené de front une carrière de comédien et d’humoriste. Il s’était fait remarquer en maîtrisant l’allitération, répétition de sons, dont le fameux sketch du «Concasseur de Cacao» est l’illustration la plus célèbre.

Bernard Haller s’était illustré dans de nombreux rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision. Il avait aussi été la voix de «Pollux» dans la série animée «Le Manège enchanté».

En 1972, il avait été récompensé par le Prix du Brigadier, distinguant l’affiche théâtrale la plus marquante pour sa pièce «Et alors» à la Michodière, à Paris.

Bernard Haller a tourné près de 50 films et téléfilms, dont «Je sais rien, mais je dirai tout», de Pierre Richard, «Les Quatre Charlots mousquetaires» et «Les Charlots en folie : À nous quatre Cardinal !» d’André Hunebelle, «Signé Furax» de Marc Simenon, «La Soif de l’or» de Gérard Oury, ou encore «Sa Majesté Minor» de Jean- Jacques Annaud...

Le Genevois a reçu plusieurs prix. La France l’a décoré et promu Commandeur des Arts et Lettres.

Récemment, Bernard Haller a sorti son premier DVD. Un testament, en quelque sorte: trois heures d’enregistrements pour résumer une carrière de cinquante ans.