Des étables, un village «bio», des stands riches en produits du terroir. Aux Jardins musicaux de Cernier, la musique respire l’air de la campagne. Chaque année, depuis quinze ans, Valentin Reymond et Maryse Fuhrmann (codirecteurs) tissent un programme ambitieux centré principalement sur des œuvres du XXe siècle. Ce dimanche, les mélomanes se fraient une voie à travers la cohue humaine venue pour la «Fête de la terre». Ils regagnent la Grange aux Concerts, tout en bois, afin d’y écouter le ténor neuchâtelois Bernard Richter et l’orchestre du festival.

Avant le concert, Valentin Reymond, qui dirige l’Orchestre des Jardins musicaux, s’adresse aux spectateurs pour présenter les œuvres qu’il a choisies. D’un côté Britten, avec son cycle Nocturne pour ténor, sept instruments obligés et orchestre à cordes, de l’autre Chostakovitch avec son Concerto pour violoncelle et orchestre No 1. Deux «amis», deux «intimes» qui ont composé ces œuvres à peu près à la même époque (1958 et 1959).

Valentin Reymond parle avec esprit, aisance, humour. Il évoque l’atmosphère des poèmes dont s’est servi Britten pour son cycle Nocturne entièrement imprégné du sommeil et du rêve. Il passe sous silence l’homosexualité latente (le Sonnet XLIII de Shakespeare aurait été conçu comme un chant d’amour à Peter Pears, compagnon de Britten) pour évoquer l’étoffe des rêves dont est faite cette musique si économe, et pourtant riche et évocatrice.

Bernard Richter, qui vient de chanter Tamino dans La Flûte enchantée au Festival de Salzbourg sous la baguette de Nikolaus Harnoncourt, a une couleur de voix claire qui sied très bien à cette musique. Le ténor neuchâtelois – qui gagne en plénitude au fur et à mesure du cycle – développe une ligne souple et soutenue. La voix se fait tour à tour subtile, lyrique et ardente pour dépeindre les cris des animaux à minuit (le quatrième poème avec cor obligé), la guerre ou l’amour (le Sonnet XLIII de Shakespeare). L’accompagnement orchestral repose sur de bons solistes (basson, timbales, etc.), mais les cordes souffrent d’écarts d’intonation qui ne pardonnent guère dans l’acoustique sèche de la Grange. La voix elle-même se décolore par instants en voix de tête, mais pour l’essentiel, Bernard Richter domine la partition.

Mihail Marika, jeune violoncelliste roumain, empoigne le Concerto No 1 de Chostakovitch. Sa technique maîtrisée sert la musique vindicative de Chostakovitch. La sonorité n’est hélas pas assez large pour rendre tout l’éventail de nuances. Il y a parfois des baisses de tension. Mais ce talent sait aussi insuffler une certaine hargne à cette musique (le «Finale»!). L’Orchestre des Jardins musicaux est meilleur dans les sections rythmiques que dans le mouvement lent où l’on aimerait des sonorités plus unies et mystérieuses.

Les Jardins musicaux, jusqu’au di 2 sept. www.jardinsmusicaux.ch