Aperçu l’an dernier invalidé par un problème de dos qui le condamne à la chaise roulante, Bernardo Bertolucci avait reçu une Palme d’honneur qui semblait sonner le glas de sa carrière. Surprise, le grand cinéaste italien, silencieux depuis 2003 et ses Innocents (The Dreamers), est parvenu à réaliser un nouveau film. C’est dire si cet Io e Te placé Hors Compétition par Thierry Frémaux aiguisait la curiosité. Miracle, il révèle un Bertolucci en totale possession de ses moyens. Pourquoi pas en Compétition, alors? Parce que d’apparence un peu trop ténue (comme Kiarostami…).

Adaptation du dernier roman de Niccolo Ammaniti, il s’agit en effet d’un retour sur l’adolescence, ce moment si fragile de la vie où l’on se trouve à mi-chemin entre la famille et le monde. Enfant de bonne bourgeoisie qui vit seul avec sa mère, Lorenzo, 14 ans, est asocial. Le jour où elle se félicite d’avoir obtenu qu’il parte en classe de neige, il a en fait tout manigancé pour s’échapper et s’installer dans leur grande cave d’immeuble. C’est là que le surprend sa demi-sœur Olivia, 25 ans, fille d’un père commun qui les a tous quittés. Toxicomane en sevrage, elle s’installe à son grand dam avec lui…

Un maître bien luné

Cadrages inspirés, montage alerte, éclairages et musique d’une rare délicatesse, tout ici œuvre contre la pesanteur du huis clos. Sur un mode délibérément mineur, le cinéaste (qui s’est projeté dans le rôle d’un psy bienveillant joué par Pippo Delbono) revient sur quelques motifs de son œuvre (en particulier La Luna de 1979), avec une générosité nouvelle. C’est épuré, plastiquement superbe et très émouvant. Ne reste qu’à espérer que cette sélection mal assumée ne se transforme pas en «baiser de la mort» pour ce film encore en quête d’un distributeur.